Production V-cinema, Burning Dog est un polar s’inscrivant pleinement dans les thèmes du réalisateur Yoichi Sai. Celui-ci s’intéresse aux marges de la société japonaise dans la plupart de ses œuvres que ce soit dans les commandes qu’il parvient à s’approprier que The Glorious Asuka Gang, adaptation d’un shojo manga d’action, où ses travaux plus personnels où il navigue souvent entre mélodrame et polar. Ces projets plus intimes amènent d’ailleurs une forme d’immersion et introspection dans son travail. Yoichi Sai est un le fils d’une mère japonaise et d’un père Zainichi (descendants des migrants coréens arrivés au Japon pendant la période coloniale, de 1910 à 1945), une marge particulièrement rejetée au Japon.
Il creusera cette filiation et cette marge dans de nombreux films comme De quel côté est la lune ? (1993) ou Blood and Bones (2004), et poussera cette quête des origines jusqu’à aller étudier l’histoire du cinéma coréen à l'université de Yonsei en 1995. Un de ses plus passionnant travaux d’immersion sera lorsqu’il s’installera à Okinawa pour étudier la pègre locale, avant d’aborder le sujet dans plusieurs réussites majeures comme Let him rest in peace (1985), A Sign of Days (1989) ou plus tard le mélodrame The Pig's Retribution (1999).Burning Dogs s’inscrit dans ce cycle puisque se déroulant à Okinawa. Yoichi Sai en fait un lieu de dérive pour un groupe de malfrats qui s’y retrouve, plusieurs années après un casse qui a mal tourné et les a séparés. Parmi eux, Shu (Seiji Matano) est un solitaire sans attache, puisqu’en cavale et en quête d’un passeport qui lui permettra de se reconstruire en dehors du Japon. Les autres acolytes végètent aussi dans une existence morne, et Shu va même recroiser le chemin de la compagne d’un ancien complice mort durant le fameux coup fatal. Néanmoins, le seul moyen de repartir de l’avant repose sur la seule chose qu’ils savent faire, un casse. L’occasion s’offre avec les fonds gardés dans le coffre-fort d’une base américaine, lieux de transition des salaires des soldats durant la première Guerre du Golfe. Yoichi Sai mélange habilement les codes du film de casse, entre la préparation minutieuse du coup et la vie personnelle des protagonistes (le second point entraînant évidemment ses conséquences plus tard sur le premier), tout en nous immergeant dans une certaine réalité d’Okinawa délesté de tout exotisme. Ce sera notamment le cas en abordant les relations entre les Japonais et les Américains, notamment le sentiment parfois colonial qui se dégagent de l’attitude de ses derniers. Mépris ordinaire pour les petites mains au travail, sentiment d’impunité à la fois libidineuse envers les femmes japonaises, mais aussi criminelle lorsqu’on découvrira qu’un officier arrondit ses fins de mois en distribuant de la drogue sur l’île. Cette dimension sociale s’inscrit dans l’intrigue de polar et nous ne sommes pas à un degré de crudité digne du Shohei Imamura de Cochons et cuirassés (1961), mais l’intention est bien là et relativement fouillée. Dès lors le casse n’apparait pas seulement comme une chance de rédemption et la possibilité d’un ailleurs, mais aussi une manière de prendre une revanche sur les « envahisseurs », d'autant que le scénario est inspiré du véritable casse ayant eu lieu dans une base américaine à Okinawa en 1965 - période où la cohabitation était plus contestée. Bien entendu le plan bien huilé va se gripper à cause failles bien humaines, et Yoichi Sai entrecroise à merveille cette veine intimiste avec des moments hard-boiled particulièrement nerveux et impitoyables – carambolages routiers, bagarre en milieux confinés, fusillades sanglantes. Une belle réussite dans toutes les voies qu’elle entreprend.
Sorti en bluray anglais chez Arrow





Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire