Folle à tuer est un pour Yves Boisset une commande qui s’intercale entre certains des brûlots les plus marquants de sa filmographie, suivant L’Attentat (1972) et R.A.S. (1973), et précédant Dupond Lajoie (1975) et Le Juge Fayard dit « le Shériff » (1977). Il s’engage sans conviction sur un projet qu’il prend en cours de route, remplaçant un Jean-Pierre Mocky renvoyé après une altercation avec la tête d’affiche Marlène Jobert. Boisset portait dès lors peu d’estime pour le film sur lequel il ne reviendra pas dans son autobiographie, et aurait apparemment eut une attitude exécrable durant le tournage.
La réussite du film n’en est que plus agréable et surprenante, comme si même en prenant un projet par-dessus la jambe, Boisset était incapable de mal faire. Le film est l’adaptation du roman Ô dingos, ô châteaux ! de Jean-Patrick Manchette, publié en 1972 et récompensé du Grand Prix de littérature policière. Cette adaptation s’inscrit dans une décennie glorieuse pour Manchette qui va voir nombre de ses romans transposés à l’écran en l’espace de quelques années : Nada de Claude Chabrol (1972), Trois Hommes à abattre de Jacques Deray (1980), Pour la peau d'un flic d'Alain Delon (1981), Le Choc de Robin Davis (1982) et Polar de Jacques Bral (1983). On accompagne ici Julie (Marlène Jobert) jeune femme fragile et vulnérable qui s’apprête à quitter l’asile psychiatrique où elle était internée pour s’occuper du petit garçon d’un famille riche. Nous ne connaîtrons que bien plus tard les raisons pour lesquelles Julie était internée mais, dès ses premiers pas à l’extérieur, celui-ci paraît bien plus fou et déréglé que l’institution qu’elle vient de quitter. Entre le chauffeur libidineux incarné par Victor Lanoux, Thomas (Thomas Waintrop) petit garçon très agité, et les évènements tragiques qui vont la frapper, le vrai asile semble bien être le monde réel. De la froideur des tours du quartier de La Défense à une folle cavale à travers la France, le passé de Julie lui est renvoyé comme une preuve de culpabilité établie, mais la jeune femme va déjouer tous les pièges. Boisset distille quelques moments de tensions bien sentis, notamment lorsque Julie et Thomas sont séquestrés, notamment grâce au personnage inquiétant et taiseux incarné par Tomás Milián. Le talent de l’acteur parvient à tisser une ambiguïté et un mystère autour d’un protagoniste qui aurait pu être un méchant simpliste. Davantage que le pur suspense qui fonctionne néanmoins très bien, c’est la reconstruction morale, l’estime de soi et la confiance retrouvée progressivement par Julie qui constitue le fil rouge du récit. Victime apeurée et chétive, elle prend son destin en main et celui de l’enfant dont elle a la responsabilité, gagnant en initiative et assurance au fil des différentes péripéties. Marlène Jobert est excellente pour exprimer cela, habituée à donner vie à des personnages bien plus fort que ce que son allure frêle laisse supposer comme dans Dernier Domicile Connu (1970). Le récit est rondement mené, la complicité croissante avec l’enfant est le vrai socle émotionnel du film jusqu’à une haletante conclusion. Des œuvres « mineures » de ce calibre, on en redemande !Disponible en bluray chez StudioCanal






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