Paris, 1928. Russes blancs exilés, le
général Bounine et ses complices Chernov et Petrovin projettent de
récupérer par tous les moyens la fortune du tsar Nicolas II, bloquée
hors de la Russie après l’exécution du souverain et de sa famille par
les Bolcheviks, dix ans plus tôt. Comme des rumeurs circulent que la
plus jeune de ses filles, la grande-duchesse Anastasia, aurait été
épargnée et vivrait sous une identité d’emprunt, ils décident de trouver
une jeune fille lui ressemblant afin de la faire passer pour elle.
C’est alors que le jour de la Pâque russe, ils empêchent une inconnue de
se suicider en sautant d’un quai de la Seine. Amnésique et vaguement
ressemblante aux descriptions faites d’Anastasia, la jeune femme nommée
Anna Koreff hésite, puis se laisse persuader par Bounine. Elle apprend
son rôle d’héritière avec zèle, puis est présentée aux membres de la
famille impériale russe, exilés eux aussi à Paris.
Ingrid
Bergman aura payée chèrement sa liberté de femme lorsqu'elle tomba
amoureuse de Roberto Rossellini durant la préparation de
Stromboli
(1950). L'admiration artistique (elle lui écrivit son admiration pour
son travail et le sollicita afin de travailler avec lui) devint passion
amoureuse, le coup de foudre mutuel lui faisant quitter maris et enfant
et épouser Roberto Rossellini alors déjà enceinte de lui. Il n'en
fallait pas plus pour déchaîner l'ordre moral et le puritanisme
américain, faisant de la star le symbole de la dépravation et
l'obligeant à quitter Hollywood. Exilée en Europe, Ingrid Bergman
tournera quatre films majeurs avec son époux (dont le fameux
Voyage en Italie (1952)) ainsi qu'
Elena et les hommes de Jean Renoir (1954).
Anastasia marquera
ainsi son grand retour à Hollywood et l'Oscar obtenu fera figure de
pardon et de retour triomphal de la star au sein de l'usine à rêve.
L'ensemble du film peut d'ailleurs être analysé sous cet angle de retour
à la lumière de l'actrice et de son personnage.

Le film adapte
la pièce de Marcelle Maurette, inspirée de la réelle et tumultueuse
histoire d'Anna Anderson. Cette jeune femme ne cessa à partir du début
des années 20 d'affirmer qu'elle était Anastasia Romanov, fille cadette
du Tsar de Russie Nicolas II et seule rescapée de l'exécution de la
famille impériale. La controverse se poursuivra sur plusieurs décennie,
Anna Anderson étant réellement reconnue par certains ancien membre de la
Cour Impériale russe tandis que d'autres éléments plus troubles la font
traiter d'imposture par les plus sceptiques. Le mystère ne sera jamais
complètement résolu, des tests ADN récent entre les corps d'Anna
Anderson et ceux retrouvés de la famille impérial se révélant négatifs
tandis que d'autres sources affirment que le fameux massacre impérial
n'a jamais eu lieu et que les filles du tsar dont Anastasia ont pu fuir
en Pologne, précisément le lieu d'une des précédentes identités d'Anna
Anderson, Franziska Schanzkowska. La pièce et donc le film s'empare de
cette réalité diablement romanesque dans un récit captivant. Anne Koreff
(Ingrid Bergman), jeune émigrante russe amnésique et échappée d'un
asile est retrouvée par un trio de russes exilé mené par Bounine (Yul
Brynner), alerté par ce moment de folie où elle affirma à une bonne sœur
de l'hôpital être Anastasia.

Cette quête n'est pas innocente puisque en
révélant que la Grande-Duchesse vit toujours, ils pourront toucher
l'héritage de dix millions du tsar dormant dans les banques anglaise.
L'amnésie d'Anne, son intelligence et sa réelle ressemblance avec la
disparue en font la candidate idéale qu’ils pourront présenter à
l'ancienne cour du Tsar exilée et qui pourra la reconnaître. Le cynisme
des comploteurs et leur imposture savamment préparée va pourtant se
heurter à un étrange écueil : et si Anne Koreff était réellement
Anastasia. Ingrid Bergman apporte à la fois sa profonde vulnérabilité
d'écorchée vive, son mélange de naturel et de prestance qui lui confère à
la fois un charme du commun et une vraie aura lumineuse. Le début la
montrant misérable et au bord du suicide ne parvient jamais à faire
disparaître la star Ingrid Bergman, tout comme il ne peut effacer le
charisme d'Anastasia.

Dès lors toute les leçons et bonnes manières
méticuleusement apprise pour la rendre crédible semblent forcés tant ce
port princier semble naturel pour le personnage, tout comme Ingrid
Bergman reprend ses galons de star hollywoodienne et au fil du récit
pour retrouver une présence élégante et glamour. La méfiance de la
noblesse russe fait écho à celle d'Hollywood et c'est la sincérité
d'Ingrid/Anastasia qui fera vaciller le spectateur/interlocuteur qui
oubliera qu'il est face à une actrice pour ne plus voir que la détresse
d'une femme cherchant à retrouver son identité/statut. Ingrid Bergman
par sa présence fragile désarçonnera ainsi le calculateur Bounine
oubliant peu à peu les bénéfices que l'entreprise pourrait lui apporter,
mais aussi l'impitoyable Impératrice douairière (Helen Hayes) perdue
dans le souvenir d'une Russie éteinte.

Anatole Litvak même s'il
profite des moyens alloués et de la force évocatrice du cinémascope
(tournage à Copenhague, Londres et Paris, décors luxueux dont celui
splendide de l'opéra) reste cependant dans la teneur intimiste de la
pièce. Le film fait dans la constante retenue émotionnelle (l'entrevue
entre Anastasia et l'Impératrice dont l'issue touchante tarde longtemps à
se dessiner) et notamment dans la relation entre Bounine et Anastasia.
La complicité initiale s'estompe lorsque le poids de l'étiquette et des
conventions semble reprendre ses droits, soumettant Anastasia aux règles
du paraitre et Bounine à une retenue absente de la première partie du
film et ses attitudes rustres.

Le scénario joue du doute toujours
entretenu dans la réalité pour en faire un moteur romanesque se fondant
idéalement à la personnalité d'Ingrid Bergman. Aux paillettes qui lui
tendent les bras Anastasia/Ingrid Bergman préférera fuir pour l'amour
véritable dans une conclusion pudique où il n'est nul besoin de voir ce
que l'on aura déjà deviné. Une belle réussite pour une Ingrid Bergman de
retour au sommet.
Sorti en dvd zone 2 français chez Fox
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