Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mercredi 10 juillet 2019

Love and Pop - Hideaki Anno (1998)


Quatre lycéennes cèdent aux avances incessantes, rémunératrices et parfois seulement anodines d'hommes murs assouvissant ainsi leurs lubies et fantasmes.

Hideaki Anno fraîchement sorti de sa série d’animation Neon Genesis Evangelion dont le final avait dérouté les fans s’attaque à son premier film live avec Love and Pop. S’il délaisse la SF et les combats de méchas de Neon Genesis Evangelion, Anno ne s’en éloigne pas tant que cela dans le spleen existentiel et les tourments adolescents de Love and Pop. Le film est l’adaptation du roman éponyme de Ryu Murakami (publié en 1996) où l’auteur se penchait sur le phénomène Enjo kōsai. Ce terme désigne la pratique controversée voyant des lycéennes tenir compagnie à des adultes masculins moyennant finances, le « moment » partagé allant du plus trivial à la vraie prostitution. Dans les années 90 une forme d’hypocrisie régnait sur cette pratique puisque si la vraie prostitution était interdite au Japon, le Enjo kōsai était quasiment institutionnalisé via les telekuras (telephone clubs) où adultes et lycéennes pouvaient échanger, se communiquer leur profil, convenir de la « prestation » et se fixer rendez-vous. Ryu Murakami s’était fortement documenté pour son roman, échangeant avec des lycéennes adeptes de l’Enjo kōsai et en observant les lieux de rencontres des travées commerciales de Shinjuku. 

Hideaki Anno adapte donc très fidèlement si ce n’est littéralement le roman (sur un scénario de Ryu Murakami) et c’est par son approche formelle qu’il va vraiment s’approprier (pour le meilleur et le moins bon) le matériau original. Il reprend donc les possibilités de l’animation avec une caméra qui endosse tous les angles possibles, allant du point de vu subjectif de l’héroïne Hiromi (Asumi Miwa) à divers emplacements dans les différents espaces et lieux traversés, et à toutes les distances possibles. Cela est judicieux notamment au début pour traduire la frivole ébullition des héroïnes dont les pensées voguent d’objets de luxe à acquérir au maillot de bain à s’offrir pour les prochaines vacances, en passant par les peines d’amours récentes. Cette mise en scène très marquées 90’s peut lasser sur la longueur mais Anno par les angles de caméras déroutants retrouve l’inspiration d’Evangelion quand il capture sous les rires un malaise latent, une gestuelle plus crispée. 

La détresse urbaine guide certains hommes sollicitant les jeunes filles pour des rendez-vous qui débouchent sur un karaoké, un déjeuner voire un petit plat dégusté chez un inconnu. Paradoxalement, les rencontres les plus glauques ne se font pas lorsque la prédation est la plus explicite avec l’insistance de salarymen distingués en pleine rue, mais plutôt lors des moments qui suivent les échanges de telekuras. La voix-off d’Hiromi sert de fil rouge pour capturer la superficialité comme la mélancolie de la pensée adolescente, où le gout du risque comme le gain facile guide ses actions dangereuses pour s’offrir bijou et objets de consommation.  Plus que des possibles situations sexuelles scandaleuses (il y en aura réellement une seule), c’est surtout la misère humaine et la profonde solitude des « clients » qui frappe, la folie pure n’étant jamais loin à l’image de ce jeune homme ayant fait d’une peluche son confident privilégié.

Plus l’on avance vers cet épilogue désenchanté, plus la mise en scène d’Anno se fait épurée, ramenant la sans morale Hiromi à s’interroger sur ses actions. Malgré ses scories, Love and Pop est donc un vrai témoignage du phénomène kogal (sexualisation de la figure de la lycéenne) dans le Japon des 90’s. 

Disponible en dvd japonais

Making of japonais d'époque disponible sur youtube
 

 
 

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