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mardi 5 octobre 2021

Cérémonie sanglante - Ceremonia sangrienta, Jorge Grau (1973)

Au début du XVIIe siècle en Europe centrale, la riche comtesse hongroise Erzsébet Báthory, soucieuse de son vieillissement, fit tuer une centaine de jeunes filles vierges afin de se baigner dans leur sang, persuadée que ce rituel macabre pourrait conserver sa beauté et sa jeunesse. Alors que son époux, le marquis Karl Ziemmer, assiste à un procès posthume pour juger un médecin mort accusé d'être un vampire, sa femme remarque que quelques gouttes de sang tombées sur sa peau l'ont rajeunie. Influencée par sa suivante, la comtesse part à la quête meurtrière pour constituer sa fontaine de Jouvence afin de plaire éternellement et, surtout, cacher son vrai âge à son nouvel amoureux, un jeune soldat fou d'elle.

Cérémonies sanglantes s’inscrit dans un certain attrait du cinéma espagnol pour le fantastique depuis la fin des années 60. C’est également une des premières productions à exploiter la figure de la Comtesse Bathory, cette noble hongroise du 17e siècle dont la légende sanglante prétend qu’elle se baignait dans le sang de jeunes filles vierge pour préserver sa jeunesse. Les Lèvres rouges de Harry Kümel (1971) avait constitué la plus fameuse de ces premières illustrations filmiques de la Comtesse Bathory mais faisait le choix d’un environnement contemporain. Cérémonies sanglantes se démarque donc en exploitant le premier un environnement historique et esthétique explicitement situé dans un cadre de pays de l’est. 

Avec le temps et les apports d’historiens, la véracité de la « légende » de la Comtesse Báthory fut de plus en plus discutée et les fait fut plutôt interprété à l’aune d’un complot dont elle fut victime à cause de sa richesse et pouvoir grandissant dans le pays. La plupart des films préfèrent exploiter l’imagerie plus folklorique, gothique et sanglante de Báthory mais récemment La Comtesse de Julie (2009) avait su marier cette rigueur historique avec une veine plus sensationnaliste. Cérémonies sanglantes finalement plus drame historique et intimiste que film d’horreur anticipe donc le film de Julie Delpy sur ce point. 

Nous plongeons dans un monde obscurantiste (dont les pratiques les plus étranges sont avérée comme ce puceau nu sur un cheval qui doit le guider vers une tombe de vampire) où la croyance oscille entre desseins pécuniaires et vraie folie. Erzsébet Báthory (Lucia Bosè) délaissée par son époux met ainsi cet abandon sur le compte des marques du temps sur son physique et va choisir la voie que l’on sait pour préserver la beauté de ses traits. Il est fortement sous-entendu que le marquis (Espartaco Santoni) est possiblement impuissant au vu de son abandon du lit conjugal, mais aussi de ses tentatives avortées de répondre aux avances qui lui sont faites notamment la belle Marina (la suédoise Ewa Aulin). Dès lors le couple retrouve de sa complicité en s’associant dans une machination meurtrière où l’une a l’illusion de retrouver sa beauté, et l’autre celle de réveiller sa virilité. 

L’érotisme et la dimension rituelle macabre sont bien là (les visites nocturne "vampirique" du marquis), tout en remettant en cause le surnaturel pour miser sur la folie des protagonistes. Cela est pour la dimension intimiste mais le propos s’avère tout aussi cinglant à l’échelle de cette société lorsqu’on comprendre progressivement qu’une accusation et procès initial pour vampirisme semble un prétexte pour exproprier une famille et s’adjoindre leur terrain. Le film jongle avec brio entre veine sociale, horrifique et psychologique à travers une mise en scène élégante où Jorge Grau sait s’abandonner à quelques débordements bis lors des sacrifices (la photo écarlate et baroque de Fernando Arribas et Oberdan Troiani du plus bel effet). L’atmosphère trouble et gothique est très réussie malgré quelques petites longueurs. Même si notre préférence reste au définitif La Comtesse de Julie Delpy, ce précurseur s’avère un objet tout à fait intéressant. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Artus

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