Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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jeudi 26 février 2026

Women and Child - Zan va bache, Saeed Roustaee (2026)

 Mahnaz, une infirmière de 40 ans, élève seule ses enfants. Alors qu’elle s’apprête à épouser son petit ami Hamid, son fils Aliyar est renvoyé de l’école. Lorsqu’un un accident tragique vient tout bouleverser, Mahnaz se lance dans une quête de justice pour obtenir réparation…

Women and Child marque le grand retour de Saeed Roustaee, jeune cinéaste iranien ayant éblouit par la puissance de deux de ses premières réalisations, le polar fiévreux La Loi de Téhéran (2021) et le mélodrame Leila et ses frères (2022). Ce dernier avait valu au réalisateur quelques démêlées avec la justice iranienne, qui le condamnera (avec son producteur Javad Norouzbeigui) à six mois de prison pour avoir « contribué à la propagande de l'opposition contre le système islamique ». L’attente était donc grande, tant par le souvenir de ses précédents coups d’éclats que pour observer la direction que prendrait Roustaee après pareille épreuve.

La Loi de Téhéran accompagnait avant tout un héros masculin dans les bas-fonds criminels, tandis que Leila et ses frères était un film choral et mixte se situant dans une classe ouvrière frustrée par sa condition. Women and Child creuse un sillon thématique voisin mais va se dérouler dans un autre pan de la classe sociale iranienne, une classe moyenne éduquée, féminine et relativement émancipée. Mahnaz (Parinaz Izadyar) est une mère de famille élevant seule ses deux enfants, et partageant le même appartement que sa sœur cadette Mehri (Soha Niasti) et sa mère (Fereshteh Sadre Orafaee). Le début du film déploie une énergie contagieuse à plusieurs niveaux. 

Tout d’abord au sein de l’appartement dégageant une atmosphère joyeuse et studieuse, notamment par une topographie circulaire où les individus circulent, s’interpellent et en définitive partagent un espace commun où les contraintes de l’extérieur – celles-ci pouvant se résumer arbitrairement aux hommes – sont absentes. L’un des moteurs de cette fougue est Aliyar (Sinan Mohebi) fils ainé adolescent de Mahnnaz dont la gouaille et les facéties entraînent toutes les situations dans une veine bondissante faisant briller le sens du dialogue truculant et des situations extravagantes de Roustaee – rappelant les relents de comédie italienne que l’ont repérait déjà dans Leila et ses frères.

Un drame tragique vient briser cette euphorie douce et plonger le récit dans une profonde noirceur. Cet extérieur représenté par les hommes – et par extension les règles patriarcales et religieuse guidant la société iranienne – avait déjà laissé entrevoir son emprise durant la première partie. Mahnnaz, heureuse dans son quotidien libéré, y subissait la pression douce mais continue de son petit ami Hamid (Payman Maadi) afin de se marier. Le caractère séduisant de ce dernier va la faire céder malgré ses doutes, mais la crainte de la réaction de ses enfants, et en particulier Aliyar, va entraîner Mahnnaz dans une suite de réactions en chaîne dramatiques et essentiellement due à l’intrusion de cet extérieur dans l’harmonie et sororité de son foyer.

Dès lors Mahnnaz se désagrège, la douleur et la haine la vieillissant prématurément, les tenues sombres du deuil faisant ressortir un visage blafard, aux traits tirés par les larmes et la colère. On retrouve, avec un peu moins de maîtrise et un peu plus de longueurs, le sentiment de trop-plein et de film-monstre qui donnait toutes leurs puissances à La Loi de Téhéran et Leila et ses frères. Conflit familial, permissivité d’une justice iranienne soumise à l’autorité masculine et propre conditionnement féminin face aux comportements scandaleux, Women and Child nous emmène dans un enchevêtrement de péripéties complexes. L’unicité du récit est portée par l’émotion dégagée par les prestations de l’ensemble du casting féminin, en particulier une incandescente Parinaz Izadyar passant par tous les extrêmes sans pouvoir retrouver la paix. Roustaee retourne les motifs formels bienveillants de la première partie en faisant de la topographie circulaire et des vis-à-vis de l’appartement des espaces où l’on s’évite, l’on guette ou fuit le regard et la présence de l’autre. La rancœur règne dans un cadre étouffant et autrefois serein.

La communauté familiale et matriarcale, socle d’un paradis perdu, n’est plus et il faut accepter de coexister avec cet extérieur. Loin d’en faire un renoncement, Roustaee y voit un renouveau à l’image de l’arrivée de ce nourrisson reprenant le prénom d’un disparu lourdement regretté. L’amour des siens, et plus particulièrement des femmes pour leurs enfants, surmontera tout. La scène finale, et plutôt dans le film cet incroyable et long gros plan durant lequel le visage de Mahnaz passe de la rage à la douceur en observant sa fille, résume parfaitement la pensée profonde de ce beau mélodrame féminin. 

En salle 

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