Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 20 février 2026

A Sign of Days - A-Saindezu, Yoichi Sai (1989)

Au milieu des années 80 le réalisateur Yoichi Sai s'installe à Okinawa afin d'étudier la pègre locale dans l'optique de réaliser Let him rest in peace (1985), adaptation d'un roman policier de Kenzo Kitakata. Ce film inaugure tout un cycle de récits du réalisateur se déroulant à Okinawa et comptant parmi ses grandes réussites comme A Sign of Days, Burning Dog (1991) ou The Pig's Retribution (1999), ce dernier lui valant une immense reconnaissance critique. A Sign of Days (adapté d'un roman de Yutaka Tonega) est une belle œuvre nostalgique se déroulant à la fin des années 60, moment où l'île d'Okinawa est encore sous administration américaine (les Etats-Unis la rendront au Japonais en 1972). 

Nous allons donc suivre un ensemble de personnages japonais à cette période de forte présence américaine, notamment militaire avec la Guerre du Vietnam se déroulant en parallèle. L'influence culturelle américaine y est donc prégnante et le récit s'attarde sur le quotidien d'un club où officie The Bastards, un groupe de rock japonais. Ils sont au centre d'une fièvre rock'n'roll qui gagne toute l'île au vu de l'âge d'or musical du moment. Autour d'eux gravite la jeune Eri (Anna Nakagawa), passionnée de musique se rêvant chanteuse. Elle va se rapprocher de Sachio (Ryō Ishibashi), leader du groupe qui un soir de beuverie va abuser d'elle et la mettre enceinte. Désormais marié pour régulariser les choses, le couple va avoir bien du mal à trouver l'équilibre entre velléités rock et vie de famille.

Comme toujours, Yoichi Sai s'intéresse aux marges et notamment ici au déchirement identitaire que suscite cette cohabitation avec les Américains. Il est direct pour Eri, métisse fille d'une mère japonaise et d'un GI américain qu'elle n'a pas connu. C'est un motif de rejet et de racisme latent de la part d'autres japonais, et elle-même a une attitude ambivalente concernant ses origines. D'un côté elle rejette ces gènes américains et refuse de suivre sa mère qui envisage de s'installer aux Etats-Unis, et de l'autre elle plonge tête baissée dans la folie rock de l'époque. On trouve cette même dualité avec les autres membres du groupe, se considérant Okinawaïens davantage que japonais, mais n'arborant uniquement que les influences (vestimentaires, linguistiques) de cette culture américaine à laquelle ils sont exposés. Le centre névralgique de ces questionnements sera donc l'entité que constitue le groupe de rock. 

Au vu de son année de naissance, 1949, Yoichi Sai était adolescent ou jeune adulte à la période durant laquelle se déroule l'histoire et il était forcément féru de rock. Cette passion est palpable par l'énergie qu'il insuffle aux scènes de concerts dans le club, véritable cocotte-minute où la furie musicale peut autant entraîner des bagarres violentes que de vrais moments d'union, tant au niveau du groupe qu'avec les Américains. Les standards défilent (Born to be Wild de Steppenwolf, Suzie Q de Creedence Clearwater Revival, Turn turn turn des Byrds et bien d'autres) joués avec ferveur par le groupe avec une joie communicative. Les nombreuses ellipses nous amènent justement après la date de 1972 et la rétribution d'Okinawa au Japon, ces changements sociétaux amenant les personnages à vieillir, regarder leur jeunesse passer et s'interroger d'autant plus sur leur identité.

Yoichi Sai exprime cela à plusieurs niveaux. Il y a bien sûr les opinions divergentes habituelles qui font souvent imploser un collectif, notamment l'acceptation ou le refus d'une évolution musicale, l'arrivée du psychédélisme n'étant plus compatible avec le rock classique pratiqué par le groupe. La maturité amène aussi à réfléchir à ce mode de vie peu compatible avec les responsabilités familiales. Le contexte social et topographique apporte en tout cas une vraie fraîcheur à ces thèmes classiques du récit d'apprentissage, porté par un excellent casting. Anna Nakagawa en apprentie rockeuse est épatante et impressionne par l'évolution de sa présence scénique (dont une très longue scène de répétition la voyant faire ses gammes à la dure) et Ryō Ishibashi (que l'on reverra bien plus tard chez Takashi Miike dans Audition) est charismatique en diable dans ce personnage immature gagnant peu à peu la paix. Une belle fresque intimiste teintée de rock'n'roll.

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