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mardi 7 mai 2019

Angel Terminators - Hong tian huang jia jiang, Wai Lit (1992)


Un puissant trafiquant de drogues revient à Hong Kong après un exil thaïlandais de quelques années. Décidé à récupérer son ancien territoire, il va se retrouver confronté à l'implacable Ida, une flic prête à tout pour l'abattre.

Angel Terminators est un fleuron du Girls with guns, un des sous-genres les plus féroces du cinéma hongkongais. La matrice du genre est certainement le Police Story de Jackie Chan (1985) avec son croisement de polar, d’arts martiaux et de cascades survoltées. Le Girls with guns se propose donc de décliner la formule avec des héroïnes en lieu et place des habituels protagonistes masculins. L’un des films qui lancera cette vogue est Le Sens du devoir 2 de Corey Yuen (1985) qui fera de Michelle Yeoh LA star d’action féminine à Hong Kong. Le Girls with guns fera donc dans les années suivantes les belles heures du cinéma d’exploitation local, mettant en valeur nombre d’actrices charismatiques comme Cynthia Khan ou Cynthia Rothrock. 

 Angel Terminators sort alors que le genre arrive à bout de souffle à Hong Kong mais trouve nombre d’amateurs à l’international avec un Occident en pleine découverte du cinéma de la péninsule. On le remarque dans la distribution peu prestigieuse devant et derrière la caméra. A la réalisation on trouve Wai Lit, ancien acteur dont le passage à la mise en scène n’a guère marqué les esprits jusque-là. Sharon Yeung et Kara Hui sont des combattantes accomplies, la seconde formée notamment par le fameux chorégraphe et réalisateur Liu Chia-liang et débutera dans quelques célèbres productions de la Shaw Brothers comme Le Sabre Infernal (1976). Elle a cependant le malheur d’arriver au moment du déclin du studio et va végéter de longues années à la télévision, entrecoupées de quelques productions modestes. Carrie Ng est une figure connue de la série B hongkongaise, mais le plus souvent reléguée à des seconds rôles et essentiellement pour sa plastique avantageuse. Cet ensemble de « second couteaux » semble donc presque jouer son va-tout  dans le spectacle urgent et hargneux qu’est ce Angel Terminators

On y suit donc la lutte acharnée entre la policière Ada (Sharon Yeung) et le chef mafieux Jin Zhang (Kenneth Tsang) de retour après lui avoir échappé sept ans plus tôt et bien décidé à reprendre son royaume. Le scénario dans son déroulé est assez simple et prétexte à introduire les grosses scènes d’action. Il se démarque cependant par sa profonde noirceur qui s’illustre dans la caractérisation des personnages et la noirceur des situations. Le méchant Kenneth Tsang apparait ainsi à la fois revanchard de son empire à reconquérir et mélancolique d’un amour (Carrie Ng) abandonnée dans son exil et qui a depuis refait sa vie. Il va cependant recourir à un vice et une violence équivalent pour refaire sien l’un et l’autre, l’amour comme le business ne se démarquant pas comme symbole de pouvoir. Après un ensemble de péripéties jouant la partition classique du chassé/croisé gendarme et voleur, la dernière partie surprend cependant par son profond nihilisme.

On distingue quelques cascades périlleuse ici et là (dont une descente de lampadaire en glissant à toute vitesse) mais qui ne sont jamais mise en exergue pour souligner la « performance » à la manière d’un Jackie Chan ou Michelle Yeoh. Ces morceaux de bravoure se fondent au contraire dans l’urgence du récit qui multiple les gunfights et les combats furieux dans un croisement de chorégraphies virtuoses et chaotiques filmées avec une nervosité de tous les instants. Pas de place pour l’approche stylisée et opératique d’un John Woo ici avec des corps tombant ensanglantés sous les balles, se ployant pour recevoir ou infliger des coups rageurs. Sharon Yeung en fliquette teigneuse impose un sacré charisme et (comme le souligne les bonus du dvd) rend, contrairement aux tentatives maladroite récentes de féminisme dans le cinéma d’action récent, toutes ces aptitudes naturelles et sans surlignage inutile puisque se fondant dans l’approche pied au plancher du film. 

C’est sa déchéance qui amène l’aparté plus dramatique du film qui ne rendra que plus fort le final vengeur. L’antagoniste la plus redoutable est d’ailleurs aussi féminine avec la japonaise Michiko Nishiwaki, non artiste martiale mais sportive accomplie (notamment dans le bodybuilding) à la  présence magnétique (déjà appréciée d’ailleurs dans Le Sens du devoir 3 (1988)) rendant chacune de ses apparitions mémorables. Le climax est donc dans l’apothéose de cette approche nerveuse, sombre et féroce qui voit Sharon Yeung en finir de façon aussi jubilatoire que dramatique avec le méchant. Une belle réussite qui entraînera une suite l’année suivante. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Spectrum Films 

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