Le jeune Tino arrive à Venise où il va
vivre avec son oncle (Vittorio Gassman) et sa tante (Catherine Deneuve),
qui habitent dans un vieux palais splendide autrefois mais délabré
aujourd'hui. La nuit, Tino entend d'étranges bruits de pas qui semblent
venir des combles de la maison, puis une mélodie jouée sur un piano.
Curieux de savoir ce qui se passe dans cette maison mystérieuse, il
découvre peu à peu un passé qui ne cesse de hanter ceux qui y vivent.
Même
en abordant des sujets sérieux et en se teintant d'une certaine
gravité, la majorité des films de Dino Risi s'inscrivait dans son genre
de prédilection de la comédie, quitte à brutalement basculer par un
rebondissement (
Le Fanfaron (1962),
Au nom du peuple italien (1971)) ou changement de ton inattendu (le dernier sketch des
Monstres (1963),
Parfum de femme (1974)).
Âmes perdues
représente donc un vrai changement pour le réalisateur qui y aborde
frontalement le drame sans qu'aucun rire vienne apporte une distance
cynique et désabusée à l'ensemble. Le film est l'adaptation du roman
éponyme de Giovanni Arpino (déjà adapté par Risi avec
Parfum de femme)
et permet à Risi de renouer avec sa formation initiale de psychiatre
puisqu'il y aborde le thème de la folie qui sera justement au cœur de
ses œuvres suivantes comme
Fantômes d'amour (1981) ou
Le Fou de guerre (1985).
Le
jeune Tino (Danilo Mattei) arrive à Venise afin de suivre des études de
peinture et doit être logé chez son oncle Fabio (Vittorio Gassman) et
sa tante Elisa (Catherine Deneuve). Sa tante est à la fois chaleureuse
et effacée face à l'autorité de son époux, qui quant à lui sous la
sévérité et la distance de façade s'avère avenant et érudit pour lui
faire découvrir le passé de ce Venise mystérieux et chargé d'Histoire.
Une histoire qui s'illustre d'ailleurs déjà dans leur demeure, un vieux
palais à moitié délabré regorgeant de pièces, de passages et d'objets
représentant ce poids du passé. Ce passé des lieux va pourtant prendre
un tour bien plus inquiétant lorsque les nuits seront hantées par
d'étranges bruits, hurlements et une étrange mélodie au piano qu'entend
régulièrement Tino.

Il aura un début d'explication en apprenant que le
frère dément de Fabio est enfermé dans les hauteurs du palais mais cela
ne suffit pas à comprendre qui joue ainsi du piano. Risi instaure un
climat pesant et inquiétant, une atmosphère gothique lorgnant sur les
classiques anglo-saxons du genre (on pense évidemment à
Jane Eyre
avec un fou enfermé dans les combles et personnification cachée de la
culpabilité des habitants) où les cadrages mettent en valeur les décors
tout en leurs donnant une aura mystérieuse par cette photo grisâtre et
diaphane de Tonino Delli Colli jouant merveilleusement sur les ombres.
Ce côté gris et fantomatique se propage à l'illustration de la ville de
Venise (on pense forcément à
Ne vous retournez pas (1973) de Nicolas Roeg) où seules les scènes de cours de Tino (et ses camarades chevelus
raillés par Gassman le temps d'une scène en rappelant une autre
hilarante d'
Au nom du peuple italien)
cède à une imagerie contemporaine. Pour le reste Venise s'avère une
ville désertique dont chaque bâtiment est rattaché à un souvenir macabre
(la ballade avec Gassman), où chaque élément du passé évoque la facette
la plus noire de l'homme (cet asile imposant surgit des flots) plutôt
que sa gloire ancienne.
Tous ces éléments constituent dans
indices quant à l'énigme entourant le film. Risi après avoir posé
l'ambiance laisse certes planer le doute quant à une explication
surnaturelle mais plutôt que de multiplier les phénomènes étranges il
fait vaciller la raison du couple Vittorio Gassman/ Catherine Deneuve
qui se désagrège sous nos yeux. La discrète et douce Elisa semble ainsi
comme littéralement s'évaporer au fil du récit (le teint pâle de
Catherine Deneuve en devenant presque translucide), comme rongée par la
brutalité de son époux mais surtout par un lourd et insoutenable secret.

Un même secret qui rend imprévisible Fabio et fait se zébrer l'armure
de tranquille froideur qui le constituait jusque-là. Vittorio Gassman
est extraordinaire dans la bascule stupéfiante qu'effectuera son
personnage et si l'on peut deviner en partie la résolution (les
apparitions du frère fou nous mettant sur la piste), la vérité s'avère
plus tétanisante encore quant au lien unissant les époux. La nostalgie
est une illusion, le passé une malédiction pour ceux qui le chérissent
et ce/ceux qui le représente(nt) et s'y rattacher ne nous guide vers
rien d'autre que la folie. Un grand Risi.
Sorti en dvd zone 2 chez SNC/ M6 Vidéo
Extrait
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