Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi

Pages

mardi 15 janvier 2019

Pierre Salvadori, le prix de la comédie - Nicolas Tellop, Quentin Mével et Dominique Toulat


Pierre Salvadori est depuis ses débuts un des héritiers français d’une forme de comédie sophistiquée à l’américaine héritée de Lubitsch ou Billy Wilder. Il est parvenu dans ce registre à creuser un sillon singulier et personnel qui le différencie d’autres ambassadeurs français du genre tel que Jean-Paul Rappeneau notamment. A l’heure où Salvadori sort avec En liberté ! (2018) son film le plus explicitement sous influence de cette école comique américaine, voici un bel essai accompagné d’un passionnant entretien avec l’intéressé mené par Nicolas Tellop, Quentin Mével et Dominique Toulat.

La partie essai est courte mais riche de pistes passionnantes où les auteurs font le rapprochement et la différence entre l’art de Salvadori et celui de son maître à penser Lubitsch. La sophistication à travers divers motifs formels et narratif dans une science inventive du gag fonctionne selon les préceptes de la Lubitch’s touch - comparatifs se faisant avec moult et judicieux exemple. La différence se fait cependant par les environnements où s’orchestrent cette comédie humaine. Lubitsch privilégiait le cadre aristocratique et souvent européen comme une sorte de fantasme fastueux et léger pour les spectateurs des années 30 vivant alors la Grande Dépression. A l’inverse, si l’on fait exception d’un Cible émouvante (1993) hors du temps, Pierre Salvadori ancre ses personnages et intrigues dans un cadre social marqué qui sera à des degrés divers un moteur du récit (Les Apprentis (1995), Hors de prix (2006)). La mélancolie du réel vient perturber l’artificialité apparente de Lubitsch quand la légèreté vient irradier la grisaille du quotidien chez Salvadori.

L’entretien où Salvadori revient sur toute sa filmographie est passionnant. Humble et toujours doté de recul sur les manques supposés de certains de ses films, on sent cette recherche constante mais aussi la confiance progressive en sa vision au fil des œuvres discutées. Cette vision se fait au fil des atermoiements et apprentissage du métier de réalisateur où l’idée et le charme domine sur une maîtrise formelle qu’il admet vraiment atteindre avec l’excellent Après vous (2003). C’est à partir de là que la petite musique de Salvadori s’orne le plus ouvertement de cet élan lubitschien mais sans se départir de l’authenticité charmante des œuvres de 90’s. La recherche et l’exploitation du postulat comique, la science du montage et l’art d’associer l’acteur naturellement ou pas disposé à la comédie loufoque (passionnant passage sur le travail avec Adèle Haenel), tout le travail inhérent à ce genre si exigeant sont explorés dans la discussion. Un indispensable pour les afficionados de Pierre Salvadori et de la comédie au sens large. 

Edité chez Playlist Society

Aucun commentaire:

Publier un commentaire