Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 12 août 2021

Merrily We Go to Hell - Dorothy Arzner (1932)


 Lors d'une soirée, le chroniqueur Jerry Corbett tombe sous le charme de Joan Prentice, jeune héritière d'une famille riche de Chicago. Faisant fi des problèmes d'alcool de son partenaire et des remontrances de son père, Joan se jette à corps perdu dans cette relation.

Dorothy Arzner est, avec plus tard Ida Lupino, une des rares femmes réalisatrices de l’âge d’or Hollywoodien. Si dans le cas d’Ida Lupino sa carrière d’actrice et son implication dans la production permettra son accession à la mise en scène, Dorothy Arzner a un parcours différent. Elle a un parcours équivalent à ses collègues masculins c’est-à-dire des débuts en bas de l’échelle notamment comme secrétaire avant d’accéder à des postes à responsabilités tels que monteuse puis scénariste. Son montage sur Arènes sanglantes de Fred Niblo (1922) va notamment attirer l’attention sur elle par l’habile mélange d’images documentaire et de studio autour de la tauromachie. Un de ses scripts ayant intéressé un autre studio, elle met la Paramount au pied du mur en demandant de pouvoir passer à la réalisation ou alors de la voir partir. Elle fait ainsi ses débuts dans le muet avant de faire la transition vers le cinéma parlant. Elle va profiter du créneau de l’ère Pré-Code (ce moment entre 1929 et 1934 ou le Code Hays est installé mais pas appliqué) pour signer plusieurs œuvres audacieuses où l’on peut notamment distinguer son intérêt pour les rôles féminins forts.

Sur le papier, cet élément ne semble pas si évident dans Merrily We Go to Hell, son couple dysfonctionnel et cette épouse sacrificielle. Le scénario est écrit par Edwin Justus Mayer, brillant pour montrer la décadence mondaine et les conflits de couple dans une écriture caustique mais capable de noirceur dans La Baronne de Minuit de Mitchell Leisen (1939) ou To Be or Not to Be de Ernst Lubitsch (1942). Cette manière de rechercher la provocation, de célébrer un certain glamour dans le contexte de la Grande Dépression, tout en y amenant un cinglant regard moral est typique des comédies du début des années 30. Merrily We Go to Hell est dans cette lignée à travers la rencontre entre le chroniqueur Jerry Corbett (Fredrich March) et la jeune héritière Joan Prentice (Sylvia Sidney). Le charme de leur première rencontre résume en quelque sorte ce que sera leur relation durant le film. Durant une soirée mondaine, Joan échappe aux avances insistantes d’un convives aviné pour se réfugier sur la terrasse où se trouve Jerry fin saoul également. Le charme de ce dernier, son badinage et l’alchimie entre eux font qu’elle lui autorise ce qu’elle a refusé à l’inconvenant précédant, un baiser volé. Leur romance reposera ainsi si la tolérance de Joan aux penchants alcooliques et autodestructeurs de Jerry. 

L’aspect intéressant est de ne pas faire de Joan une victime, et c’est paradoxalement Jerry qui apparaît toujours comme le plus faible des deux mais si l’empathie va à la souffrance de son épouse. Dorothy Arzner fait dans un premier temps une spectatrice constante des écarts de Jerry dans leur relation, dont elle s’amuse parfois (la bague de mariage improvisée) mais dont elle souffre le plus souvent (le retard aux fiançailles où il arrivera saoul). Elle est constamment en attente d’un signe où il verrait enfin en elle sa femme, son amour, et pas une camarade de jeu (la récurrence de la réplique « You’re swell »). Plutôt que de subir les évènements en jouant la carte classique de l’épouse jalouse, elle décide donc de l’accompagner dans sa fuite en avant entre fêtes, beuveries et amours libres de « couple moderne ».

C’est pour Jerry une forme de catharsis où il retrouve l’amour passé responsable de ses penchants alcooliques, alors que Joan sous le masque rieur souffre de cette situation. L’insécurité et le sentiment illégitime de ne pas mériter cette dévotion pousse Jerry à toujours pousser la tolérance de Joan trop loin, quand cette dernière s’abandonne tout entière à la dérive de son époux. C’est ironiquement l’affection sincère qu’ils se portent qui les mène à leur perte, Jerry espère et attends que Joan se pose en garde-fou de ses excès, et celle-ci par amour s’y refuse et réfère s’enfoncer avec lui. Sylvia Sidney est particulièrement touchante dans ce registre où le clinquant, les robes de soirées, les amants interchangeables au bras (dont un Cary Grant débutant) ne masque jamais l’angoisse latente, les regards à la dérobée où elle cherche Jerry dans le brouhaha des fêtes. 

L’ironie du titre apparaît ainsi, le couple ne pouvant que toucher le fond pour éventuellement mieux renaître. C’est finalement un schéma qui sera assez courant dans le mélodrame hollywoodien, et Fredrich March justement en incarnera une vision emblématique dans la première version d’Une étoile est née de William A. Wellman (1937) où il jouera un époux et pygmalion autodestructeur – on peut penser aussi à une prémisse de Le Jour du vin et des roses de Blake Edwards (1962) dans cette descente aux enfers « en couple ». L’originalité est de faire ici de Sylvia Sidney une force de vie qui par choix accepte de suivre l’être aimé dans l’impasse, avant de s’en détourner et le forcer à changer à son tour. Le « happy end » est douloureux et chargé d’incertitudes dans ce mélodrame subtil et poignant. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Elephant Films

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