Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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lundi 3 avril 2023

Frisson? - Kakabakaba ka ba?, Mike de Leon (1980)

À son retour du Japon, Johnny ignore qu’il a entre ses mains une mystérieuse cassette audio qui va le mettre en danger. Pourchassés par deux gangsters qui entendent récupérer le précieux objet, Johnny et ses amis Nonong, Nancy et Melanie tentent de leur échapper, mais c’était sans compter Madame Lily et ses acolytes chinois qui ajoutent au chaos de la situation...

Après le film fantastique Les Rites de mai (1976) la romance surannée C’était un rêve (1977) Frisson est une nouvelle preuve de l’éclectisme et de l’iconoclasme d’un Mike de Leon capable de glisser un propos subversif dans le contexte le plus inattendu. Les deux films précédents s’inscrivaient dans un premier degré assumé au sein de leur genre et par leur ton, l’élément perturbateur n’intervenant que par le traitement formel du réalisateur vecteur d’un fond plus dérangeant qu’il n’y parait. Les Rites de mai et C’était un rêve pouvait donc se voir pour les purs films de genres qu’ils étaient, satisfaisant ceux ne cherchant pas plus loin et faisant réfléchir les plus attentifs en distinguant la seconde couche. Frisson est un objet plus retors, qui creuse le même sillon mais est en fait plus explicite dans son message. Cette fois ce sont bien le ton et la forme qui font glisser un propos fort vindicatif.

L’introduction nous prévenant par plusieurs cartons successifs qu’il s’agit d’une œuvre de fiction est confirmée par la délirante triple scène de passage de douane avortée de la scène d’ouverture par le sous-fifre criminel japonais Onota (Boboy Garrovillo). L’intrigue va naviguer entre romance, espionnage décalé et complot de manière si explicitement farfelue qu’indéniablement, comme nous en avons été averti en préambule, il ne peut s’agir que d’une fiction. Mike De Leon désamorce la mécanique narrative classique pour créer cette distance comique, tout en osant un fond tout à fait concret et dérangeant. Le quatuor de héros représente une jeunesse philippine hédoniste et insouciante, insoumise malgré elle aux carcans sociaux qui les entourent. C’est par eux que s’exprime la tenue volontairement lâche du récit, par les échappées douces que permet le MacGuffin absurde de la cassette audio. 

Les antagonistes assez ridicules représentent des entités nationales et idéologiques sur fond de domination géopolitique et économique à travers la Chine, le Japon et l’institution religieuse catholique. Dès lors ces ennemis ne bénéficient d’aucune caractérisation particulière et leur bêtise naît de la nature monofonctionnelle à laquelle le récit les assigne, caricaturant par la parodie l’imagerie et le symbolisme de leurs commanditaires. L’obséquiosité forcée et toute japonaise de Onota lorsque le Maître (Johnny Delgado) l’envoie en mission, la malice fourbe de Madame Lily (Armida Siguion-Reyna) et la façade pieuse du couvent dissimulant une folie sectaire/nationaliste, tout cela pervertit et se moque de la menace que représentent les méchants tout en exposant crûment des projets tout à fait réaliste. 

Mike de Leon fait passer la pilule par l’esthétique bariolée et les idées pop qui place tout au long du film. Cela se fait progressivement, d’abord par le ton et la mise en scène usant de façon rieuse des codes du suspense et de l’épouvante, par exemple l’effet de montage révélant la gouvernante de Johnny (Christopher de Leon) bâillonnée dans son entrée et que l’on prend d’abord pour un cadavre. Ce sera de plus en plus contagieux à travers l’usage de décors de plus en plus décalés (le repaire façon méchant de James Bond que dissimule le couvent) et d’effets toujours marqués pour se rire des méchants. Les onomatopées en sinogrammes chinois lors des bagarres, le virage opéra-rock où les nonnes lâchent la bride, toute cela fait définitivement basculer Frisson dans une démesure surréaliste hilarante. 

Ce foisonnement d’effets est s’il fustige la courte vue morale et politique des antagoniste célèbre au contraire la liberté des jeunes protagonistes. Là aussi tout cela est graduel, d’un marivaudage et d’une vie bohème de musiciens plaisante à ce montage parallèle où le trip opiacé se mêle au plaisir charnel dans une esthétique psychédélique, nous somme loin de la pudibonderie du précédent C’était un rêve. Si les ruptures de ton de cet imprévisible Frisson ne vous égarent pas, il s’agit d’une œuvre libre et pleine de fraîcheur qui sait gratter les points sensibles sous le rire. 

Sorti en bluray chez Carlotta


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