Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 20 mars 2015

Faisons un rêve - Sacha Guitry (1936)

Un avocat séduit une femme mariée et passe la nuit avec elle. Le lendemain matin, le mari arrive au bureau de l'avocat, affolant l'épouse infidèle, mais sans raison : lui aussi a découché et sollicite un alibi...

En cette année 1936 et sous l'influence de sa jeune épouse Jacqueline Delubac, Sacha Guitry trouve enfin ses marques dans le cinéma pour lequel il se sera montré si méfiant auparavant. Il s'avérera aussi prolifique qu'au théâtre en signant quatre films comptant parmi ses plus grandes réussites, tous adapté de ses pièces : Le Nouveau Testament, Le Roman d'un tricheur, Mon père avait raison et Faisons un rêve. Ce dernier transpose justement une pièce écrite en 1916. Si notamment Le Roman d'un tricheur avec témoigné pour Guitry d'une certaine jubilation à exploiter toutes les possibilités narratives et visuelles de l'outil cinématographique, Faisons un rêve revient à une influence plus typiquement théâtrale. Sur le papier on a un triangle amoureux de boulevard femme/amant/mari assez typique et le film est une célébration du verbe virtuose de Guitry à la mise en scène assez statique. Le plaisir est donc ailleurs dans cette réussite.

Passé un prologue mondain où l'on croisera du beau monde au casting (Arletty, Michel Simon...), le récit se resserre pour un brillant jeu de dupe sur le couple. Ce sera d'abord celui du couple légitime du mari (Raimu) et de la femme (Jacqueline Delubac). Venu rendre visite à leur ami avocat (Sacha Guitry) absent, l'époux et sa femme par leurs réactions et dialogues à double-sens laissent deviner leurs infidélités imminentes (le "rendez-vous" du mari) ou possible (l'épouse tiquant à la rumeur de liaison de l'avocat) dans un brillant échange. La bonhomie et la truculence de Raimu fait merveille face à l'élégante malice de Jacqueline Delubac.

A l'image de cet échange, toutes les relations de couple seront affaire de domination où le plus fantasque prendra l'avantage. Ce sera le cas pour Jacqueline Delubac face à Sacha Guitry lorsqu'elle le laisse se perdre dans une logorrhée maladroite lorsqu'il lui déclare sa flamme et surtout quand elle surgira par surprise après la longue séquence du téléphone où ce dernier nous offre un grand numéro comique seul à l'écran en amoureux angoissé dans l'attente de sa dulcinée. Il prendra sa revanche au matin par ses saillies mordantes alors que Jacqueline Delubac est inquiète d'avoir découché (la réplique sur la tartine provoquant le fou rire à coup sûr) mais aussi par sa raillerie subtil de ce mari dont il faut se débarrasser.

L'harmonie des couples ne peut fonctionner que quand le danger est écarté et qu'ils peuvent s'adonner librement à leurs passion. D'un coup l'ironie latente se dissipe pour la fantaisie romantique quand les amants rejouent leur premier réveil commun manqué et le final endiablé promesse de volupté. L'énergie, l'esprit et le charme de l'ensemble finit par totalement en faire oublier le côté statique, un très bon moment.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Gaumont

mercredi 18 mars 2015

The Happiest Days of Your Life - Frank Launder (1950)

Suite à un bombardement lors du Blitz de Londres, l'école de garçons de Nutbourne doit subitement accueillir les élèves de St Swithin, école pour filles. Cette erreur administrative, considérée comme une catastrophe par la direction, fera la joie de certains...

Le duo formé par Frank Launder et Sidney Gilliat s’était au départ fait connaître dans le thriller en signant le scénario d’Une femme disparait (1939) d’Alfred Hitchcock puis en en réalisant le brillant décalque avec Train de nuit pour Munich (1940). Partageant parfois la réalisation ou se répartissant le plus souvent la mise en scène, le scénario et la production les duettistes montrèrent pourtant le meilleur de leur talent à travers des vignettes où ils posaient un regard juste et attachant sur l’Angleterre et ses évolutions sociales. Cela se fit tout d’abord à travers le mélodrame et le prisme de la guerre avec beau récit d’émancipation féminine dans Ceux de chez nous (1943) où une jeune fille quittait son foyer pour participer à l’effort de guerre en usine. C’est l’imagerie du couple ensuite qui serait ébranlée avec une rocambolesque histoire d’adultère sur fond de Blitz avec Waterloo Road (1945). Le tandem crée sa société de production en 1945 et la suite de leur carrière s’orientera plus franchement vers la comédie, sans pour autant remettre en cause leurs préoccupations sociales comme le montre The Happiest Days of Your Life.

Bien que sorti en 1950 et que la nature contemporaine du cadre du film ne soit jamais clairement indiquée, on peut estimer que l’histoire se situe encore durant la guerre ou du moins l’immédiat après-guerre. Le postulat relève ainsi de situations souvent rencontrées lors du Blitz avec ce rapprochement forcé entre une école de garçons et de filles pour une mixité inédite et alors immorale. Le scénario de John Dighton – fameux dramaturge et scénariste anglais auquel on doit les classiques Ealing Noblesse Oblige (1949) et L’Homme au complet blanc (1951) – place certes le prétexte de l’erreur administrative pour l’imbroglio mais plusieurs éléments inscrivent le film dans un contexte proche de la guerre comme la photo de Churchill trônant dans le hall de l’école ou ce nouveau professeur d’anglais fraîchement démobilisé. 

L’Angleterre d’alors est en pleine mutation, entre respect des traditions qui ont permis l’unité du pays dans les épreuves mais aussi velléités d’ailleurs et de changement justement après ces épreuves. Un reproche que l’on pourrait faire au film est de mettre les enfants et adolescents très en retrait, simples figures mutines dont on n’exploite pas toute la tension sexuelle des premiers émois que provoquerait ce rapprochement. Mais en fait le sexe opposé est finalement un camarade de jeu comme un autre pour les plus jeunes et chez les adolescents cette promiscuité signifie une première initiation au marivaudage innocent. La guerre des sexes ne jouera pas contrairement à la screwball comedy américaine sur le tourbillon amoureux mais plutôt en opposition à la tradition. Forcément le film tourne donc autour des chantres de cette tradition avec le directeur de l’école de garçon Wetherby Pond (Alastair Sim) et celle de l’école de fille Miss Whitchurch (Margaret Rutherford).

Ils représentent chacun à leur manière une vieille Angleterre dépassée et coincée qui malgré leur différence se rapprochent dans leur gêne extrême et leur crispation face à toute promiscuité garçon fille. Dans un savoureux montage alterné, Launder les montre ainsi égaux dans leur idéologie poussiéreuse. Pond, directeur de son établissement depuis quinze est ainsi raillé en douce par ses collègues tant il est pétri d’une routine immuable qu’il ne faut surtout pas perturber. A l’inverse Miss Whitchurch est une figure énergique et autoritaire mais dont le féminisme de façade se rapproche en fait d’une vision passéiste. On devine que l’éducation qu’elle envisage pour ses élève est surtout une préparation au mariage : être une bonne ménagère (les cours de cuisine et de tricot), entretenir un corps sain et surtout ne pas approcher un homme avant d’avoir tissé des liens plus sacrés et officiels avec lui. 

Rien pour stimuler l’intellect, cet aspect tout comme la compagnie masculine étant tuée dans l’œuf lors de la scène où elle expulse un professeur homme profitant d’un cours de littérature pour réciter un extrait de Roméo et Juliette à sa jolie collègue. Un comportement inadmissible devant les élèves évidemment. On rit donc beaucoup de l’affrontement entre les deux personnages, Alastair Sim étant hilarant de machisme blasé. La féminité qui envahit son école est comme un virus qui le crispe et l’atterre, ce dégout amenant même une amusante dimension homoérotique par certaines répliques trop véhémentes par leur désir de rester « entre hommes ». Margaret Rutherford n’est pas en reste avec un langage truffé d’expression désuètes, son mépris devant le contenu d’une alcôve masculine (magasine et photo de charmes et ultime horreur un exemplaire des Mémoires de Casanova) et le regard à l’affut de la moindre trace d’indécence.

C’est en partant d’eux que Frank Launder tisse le désordre de cet établissement surpeuplé et bruyant, multipliant les situations hilarantes avec des scènes de classe totalement décalées dans leur déroulement comme dans leur environnement –cours de grammaire dans le va et vient du hall, de math à l’extérieur pour les garçons alors que les filles font du sport et forcément font tourner les regards. Le tout culmine lors du charivari final où il s’agit de dissimuler aux parents d’élèves et inspecteurs en visite la situation scandaleuse de l’école sous peine de sanctions.

Montage alterné alerte, gag de répétition grandiose (la jeune fille recroisant ses parents dans toutes les classes) et rythme alerte font tout le sel de ce climax éreintant. Au final l’Angleterre semble totalement accepter le changement dans la conclusion, condamnant ses fossiles à l’exil. Le film sera un des grands succès de l’année au box-office anglais mais en prépare un autre bien plus immense encore. Quatre ans plus tard, Frank Launder adaptera les comics strip de Ronald Searle (responsable du générique dessiné de Happiest days of your life) avec The Belle of St Trinians, un pendant plus fou extravagant et outrancier de ce galop d’essai paisible et bon enfant.

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa

lundi 16 mars 2015

La Propriété, c'est plus le vol - La proprietà non è più un furto, Elio Petri (1973)

Total (Flavio Bucci) est un modeste employé de banque, mais il est pris de démangeaisons au simple contact de l'argent. Se voyant refuser, par son propre directeur, le prêt qu'il sollicitait, il décide de démissionner et de consacrer tout son temps à tourmenter un riche boucher (Ugo Tognazzi), client régulier de la banque à l'opulence clinquante. Etape après étape, il va lui voler ses biens, le dépossédant de tout ce qui assoit sa position sociale. Entre les deux hommes, le propriétaire et son voleur, va alors débuter un impitoyable conflit...

La Propriété c’est plus le vol vient conclure une trilogie formé de Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (1970) et La Classe ouvrière va au paradis (1972). Chacune de ses œuvres traitait de la déshumanisation de la société et de l’individu, désormais un pion face à la corruption politique (Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon) ou la lobotomisation du travail à la chaîne en usine dans La Classe ouvrière va au paradis. Ce troisième film poursuit e cycle en s’attaquant cette fois au pouvoir de l’argent et plus précisément la propriété, scrutant la manière dont elle guide les agissements des nantis comme des démunis.

La satisfaction des uns et le dépit des autres s’articulera autour du duel qui va confronter le modeste employé de banque Total (Flavio Bucci) et un riche boucher (Ugo Tognazzi). La frustration et le mal-être du premier semble entièrement se concentrer sur la satisfaction et le cynisme de l’étalage de richesse du second. Dès lors il n’aura de cesse de lui nuire en dérobant les objets les plus significatifs de sa réussite. Ce statut social opposé, Petri l’exprime par le physique malade et chétif de Total dont le contact avec ces sommes folles qu’il n’aura jamais rend désormais malade.

Ugo Tognazzi avec son personnage jamais nommé symbolise à lui seul le détachement de cette classe dominante ne se définissant plus que par ses possessions. Cette richesse ne se conjugue plus à un certain raffinement et culture, Tognazzi trouvant l’exaltation jusque dans ses ébats sexuels où son statut semble vulgairement asseoir sa virilité. Les peurs comme la force du boucher se conjuguent ainsi à ses richesses, provoquant le malaise lorsque Total viendra troubler son quotidien.

Elio Petri dépeint comme dans les précédents films un monde abstrait et à l’absurde kafkaïen sauf que si auparavant les thèmes pouvaient être rattachés à la réalité italienne d’alors (notamment le contexte des années de plomb pour Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon et la résurgence du marxisme avec La Classe ouvrière va au paradis) le propos semble ici plus universels et métaphysique. Le titre du film s’inspire en effet du texte Qu’est-ce que la propriété publié en 1840 par le français Pierre-Joseph Proudhon où il questionnait et remettait en cause la notion de propriété tel que définie dans la Déclaration des Droits de l’homme. Chaque personnage se définit par ce rapport à la possession et vient l’exprimer lors d’aparté face caméra où il s’affirmera comme propriétaire (Ugo Tognazzi), objet (la maîtresse jouée par Daria Nicolodi), observateur (le policier qu’incarne Orazio Orlando) ou envieux comme notre héros Total. 

Elio Petri rend pourtant son récit d’autant plus puissant qu’il est dénué de toute idéologie. Dans Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon, Gian Maria Volonté était partie intégrante de l’environnement corrompu et ne parvenait tant le mal était profond, voyant son meurtre ouvertement couvert par ses pairs. Le même passait d’un extrême à l’autre, l’allégeance totale à sa tâche et à ses patrons puis l’opposition maladive et stérile. De nouveau défini par sa fonction et son statut, il ne pouvait malgré sa prise de conscience exister en tentant de s’en détacher. 

Il en va de même ici avec Total partagé entre sa rébellion et le désir d’être de posséder également à son tour. Cette dualité court tout au long du film, Total semblant de moins en moins détaché des objets qu’il vole comme lors de sa réaction face à une receleuse. De même lorsqu’il enlèvera Daria Nicolodi Total sera aussi désintéressé de son physique que de ses bijoux et la relâchera. Mais plus tard et commençant à être corrompu plus tard dans le film, il sera plus entreprenant quand il ira de nouveau cambrioler la demeure du boucher. Comme lui dira son père (Salvo Randone à l’attitude tout aussi ambigüe), il n’est ni un honnête homme ni un voleur, perdu dans ses contradictions.

Le final cinglant renvoie chacun dos à dos dans une issue d’une terrible noirceur. Le film est sans doute un peu trop hermétique et ne provoque sans doute pas tout à fait la même émotion que les volets précédents. La démonstration n’en reste pas moins magistrale, portée une nouvelle fois par un score mémorable d’Ennio Morricone. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa

samedi 14 mars 2015

Le Zinzin d'Hollywood - The Errand Boy, Jerry Lewis (1961)

Paramutual Pictures engage Morty pour enquêter sur la gestion des bénéfices de l'entreprise. Celui-ci parvient à s'infiltrer au service du courrier, il a ainsi accès à de nombreux documents... Seul problème Morty n'est pas très doué et crée bon nombres dégâts à cause de sa maladresse !

Troisième réalisation de Jerry Lewis, Le Zinzin d’Hollywood nous offre une des plus savoureuses visions de l’envers du décor hollywoodien. Le scénario (des patrons de studios engagent un benêt afin de leur rapporter les causes du gaspillage interne) est le prétexte à une suite de sketchs où le gaffeur Morty (Jerry Lewis) nous fait découvrir les différents pans de l’organisation du studio aussitôt dévasté par sa maladresse. On a ainsi une vraie photographie du système studio de l’âge d’or (et amené à décliner durant cette décennie), de son fonctionnement et ses postes clés (la dactylographie pour les scénarios, la postsynchronisation…) le tout filmé au sein de la Paramount renommée Paramutual pour l’occasion. 

La dimension  quasi documentaire est cependant dynamitée par l’élément perturbateur Jerry Lewis. De sérieux problèmes d’élocutions (cette voix de canard stridente, son incapacité à prononcer certains nom) et de motricité (une démarche incertaine toujours prête à se fracasser au moindre obstacle se posant sur sa route) ajouté à l’esprit enfantin et joueur du personnage sont l’occasion de gags absolument irrésistibles. La diversité des départements offre une toute aussi grande inventivité dans les gags. Morty par ses airs ahuris va ainsi venir détruire la méticuleuse scénographie d’une comédie musicale, déjeuner dans un décor basculant dans le chaos du film de guerre ou en faire un élément incongru que les réalisateurs découvrent lors des rushes.

Jerry Lewis est absolument génial et annonce le Hrundi V. Bakshi de The Party (1968) tout en s’en démarquant. Peter Sellers campait un étranger inadapté au mouvement perpétuel du monde moderne et occidental représenté par ce Hollywood 60’s, Jerry Lewis est lui simplement un agent du chaos porté par une bêtise tordante. Les mimiques ahuries arborées lors de certaines situations rocambolesque (l’épisode de l’ascenseur) ou de certains gags à retardement (la projection de la comédie musicale) confirme cela et montre l’inventivité du réalisateur qui est loin de se contenter d la seule approche splapstick pour nous faire rire. Cette idiotie du héros aurait même pu nous mettre à distance en en faisant un simple motif de moquerie mais le regard se fait subtilement plus tendre au fil du récit. 

Les deux séquences avec un interlocuteur mystérieux sous forme de marionnette offre de merveilleux moments de rêverie et de tendresse où Morty se révèle bien plus affecté et sensible aux catastrophes en série qu’il provoque. C’est là le beau message final du film, les inadaptés en puissance à ce monde réel sont des doux rêveurs dont la singularité trouve sa raison d’être par l’expression artistique. Pour Morty, dévoiler son excentricité devant une caméra fera du mouton noir un génie comique. Un petit bijou rondement mené (et truffé de clin d’œil comme l’apparition du casting de la série Bonanza) pour une des belles réussites de Jerry Lewis.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

Extrait

mercredi 11 mars 2015

L'Héritage de la chair - Pinky, Elia Kazan (1949)

Après ses années d'études, Patricia Johnson revient chez sa grand-mère, qui l'a élevée et s'est sacrifiée pour elle. Patricia est une jeune femme noire à la peau très claire, ce qui lui permet de passer pour une blanche et lui vaut le surnom de Pinky. Elle a du mal à assumer ses origines, mais confrontée au racisme et à la ségrégation, elle finira par revendiquer haut et fort ce qu'elle est.

Après le succès du Mur Invisible (1947) qu'il a initié, Darryl Zanuck souhaite poursuivre le cycle de sujet progressiste au sein de la Fox et après l'antisémitisme c'est cette fois la ségrégation raciale qui sera évoquée dans L'Héritage de la chair. Le film est débuté par John Ford mais ce dernier est peu à l'aise avec le sujet (les noirs de ses films étant jusque-là dans la caricature même si il saura aborder avec talent le sujet plus tard avec Le Sergent Noir (1960)). Zanuck refait donc appel à Elia Kazan qui avait justement signé Le Mur Invisible même s'il ne s'en était guère montré satisfait. Kazan signe là sans doute le film le plus réussit sur le drame du passing. Ce terme désigne ce phénomène qui voyait des noirs né avec une peau très claire tenter de dépasser leur condition en se faisant passer pour des blancs.

C'est un thème au cœur de la littérature américaine des années 30 (mais aussi en Europe avec J'irai cracher sur vos tombes) et qui se penche surtout du côté des personnages féminins baptisées mulâtresses tragiques. Au cinéma lorsque la question est abordée et ce malgré les bonnes intentions, il y a parfois une certaine ambiguïté. Que ce soit dans la comédie musicale Show Boat (1951) ou le chef d'œuvre de Douglas Sirk Mirage de la vie (1959), les héroïnes finissent mal (Show Boat) où finissent par s'intégrer après la disparition du dernier personnage les reliant à leurs origines (Mirage de la vie). Pinky (d'après un roman de Cid Ricketts Sumner) est bien plus subtil, abordant tout à la fois le racisme ordinaire et la tentation compréhensible de renier sa race pour une vie meilleure dans cette époque agitée.

Après trois ans d'études au cours desquelles elle a décroché son diplôme d'infirmière, Pinky (Jeanne Crain) est de retour dans son sud natal. L'éducation qu'elle a acquise a encore plus marquée sa différence avec son entourage en plus de sa peau claire, sa prestance trompant même sa grand-mère (Ethel Waters) qui la prend pour une blanche lors de leurs retrouvailles. Lors de sa vie loin de ce milieu, Pinky s'est fait passer pour blanche et est tombée amoureuse d'un médecin. Le fossé est donc immense d'abord avec sa grand-mère qui lui reproche ce reniement, mais aussi avec son environnements où tous les désagréments ordinaires reprennent leur droit une fois sa vraie nature révélée. Kazan exprime cela d'abord par nombres de situations révoltantes (des policiers passant de la politesse avenante à la plus désagréable familiarité en un instant, des hommes blanc libidineux) mais aussi visuellement avec ce bayou sudiste de studio très stylisé et oppressant, où la densité de la forêt semble prête à se refermer sur Pinky comme un piège infernal.

Vivre parmi les blancs mais avec la culpabilité de se mentir ou rester parmi les noirs en subissant la méfiance de ceux-ci et le racisme ordinaire, Pinky ne sait que choisir, cette hésitation en faisant une femme chargée de rancœur et de rage. Cette amertume se concentrera sur sa vieille voisine blanche mourante Miss Em (Ethel Barrymore) symbole pour elle de ce mépris ordinaire des blancs à travers la dévotion qu'a pour elle sa grand-mère. Contrainte de la soigner, Pinky va d'abord s'opposer à la malade (voyant forcément du racisme dans le ton bourru et autoritaire de la vieillarde) avant de progressivement s'adoucir à son contact.

Le scénario avec une grande finesse après nous avoir montré le racisme le plus grossier nous montrera ainsi des rapports plus complexe où sous l'apparente relation dominant/dominé peut exister un lien plus attachant avec la vraie amitié entre Miss Em et la grand-mère. Le respect et l'affection progressive de Miss Em pour Pinky ne naîtra donc pas de sa peau blanche mais de l'honnêteté et de la dévotion qu'elle devine en elle. C'est pour préserver cette nature et l'aider à s'assumer qu'elle lui fera un cadeau cause de nombreux problème.

Jeanne Crain est magnifique dans le rôle-titre, toute de nerf et de colère contenue dissimulant une sensibilité à fleur de peau. Le casting de Jeanne Crain constitue la seule facilité du film, puisque c'est une blanche jouant une noire afin de ne pas choquer le public par une vraie romance mixte. L'actrice et chanteuse noire Lena Horne initialement envisagée fut écartée et connaitrait la même mésaventure pour des raisons similaires deux ans plus tard en laissant à son amie Ava Gardner le rôle de mulâtresse tragique dans Show Boat - en retour néanmoins Ethel Waters sera la seconde actrice noir nominée à l'Oscar après Hattie McDaniel récompensée pour Autant en emporte le vent (1940) et l'aurait sans doute plus mérité. Jeanne Crain est néanmoins formidable et l'histoire d'amour mixte également passionnante.

Le fiancé blanc (William Lundigan) est ainsi prêt à l'aimer malgré sa couleur, mais à condition de s'exiler et de taire ses origines lorsqu'ils vivront et travailleront ensemble. L'amour est donc prêt à dépasser le préjugé mais pas le regard des autres. Le progressisme comme les entraves encore solidement ancrées sont donc montrés avec intelligence par Kazan. Pinky qui a décidée d'accepter ce qu'elle est ne se prêtera plus à ses manigances, une volonté affiché lors du final en forme de film de procès (narré efficacement et qui ne s'éternise pas) et de la conclusion bienveillante. Explorant son sujet dans toutes ces facettes et ne cédant à aucune complaisance douteuse (même si en chicanant on peut déceler peut-être une impossibilité des noirs à sortir de leur milieu mais c'est aussi une réalité à ce moment-là) Kazan signe un des films les plus réussis sur le sujet.

  
Sorti en dvd zone 2 français chez Fox dans la collection Hollywood Legends

mardi 10 mars 2015

Quartet - James Ivory (1981)

Marya et Stephan, jeune couple bohème, vivent dans l'insouciance du Montparnasse des années 20. Jusqu'au jour ou Stephan se fait arrêter pour recel d'œuvres d'art. Marya est alors recueillie par un couple de mécènes anglais, bien connu des milieux artistiques.

Quartet est une des œuvres qui amorce la reconnaissance critique en devenir de James Ivory, salué notamment par le prix d'interprétation d'Isabelle Adjani à Cannes (qui réussira l'exploit d'avoir un double prix d'interprétation féminine puisqu'elle est récompensée durant le même festival pour Possession). Le film adapte le roman Postures de Jean Rhys qui s'y inspirait en partie de sa propre existence dans le Paris des Années Folles. C'est un matériau idéal pour James Ivory qui y retrouve ses thématiques sur les rapports de classe et la soumission. Marya (Isabelle Adjani) une jeune anglaise d'origine créole mène une vie bohème et insouciante avec son époux Stefan (Anthony Higgins) jusqu'à ce que celui-ci se fasse arrêter pour recel d'œuvre d'art. Livrée à elle-même tandis que Stefan est condamné à un an de prison, Marya croit trouver une planche de salut quand les Heidler, un couple anglais formé de HJ (Alan Bates) et Lois (Maggie Smith) décide de la recueillir. Pourtant très vite un rapport malsain va s'établir entre les trois.

Le Paris romantique et flamboyant fantasmé de cette période n'existe vraiment que par intermittence et surtout au début du film. Dès l'installation du ménage à trois un lien sordide lie le couple et leur jeune protégée. La bienveillance de HJ n'avait pour but que de posséder (dans tous les sens du terme) Marya, tous cela avec l'assentiment de Lois. Marya après avoir tenté en vain de résister va finalement céder aux avances insistantes de HJ. Le scénario développe avec finesse l'issue inéluctable de cette cohabitation. D'abord par ce fameux rapport de classe, Marya livrée à elle-même n'ayant d'autre choix que de s'abandonner aux assauts de HJ. Son dénuement en fait une proie facile, d'autant que la connivence entre les époux la rabaisse sans cesse à sa condition où elle n'est finalement pour eux qu'un jouet, une sorte d'animal de compagnie dont ils finiront par se lasser (ce qui est arrivé à d'anciennes protégée comme on l'apprendra).

L'essentiel est de maintenir des apparences respectables derrières lesquelles les relations peuvent être plus libres. Le film est également captivant dans sa description sordide de la condition féminine. Toutes les femmes de l'histoire son dépendante d'un "maître", qu'il soit époux, amants ou client qui disposent d'elles à leurs guise. Sans cela, aucune carrière ou quelconque possibilité d'avenir, ce que l'on comprendra avec toutes les tentatives de fuites vouées à l'échec de Marya, la candeur et la vulnérabilité d'Isabelle Adjani ajoutant à ce côté enfant livré à lui-même. Le plus frappant est l'absence de rébellion de ces femmes face à ce destin, Lois acceptant et encourageant avec tristesse les écarts de son époux (magnifique Maggie Smith qui fait passer toutes nuances en silence et avec un détachement de façade).

Marya qui conjugue l'infériorité de sa classe et de son sexe va tomber bien plus bas, tombant finalement folle amoureuse de celui qui la tourmente tant. Isabelle Adjani développe finalement en parallèle de son rôle de Possession une autre expression de la folie, cette fois amenée par celle d'un monde qui ne lui laisse pas d'autre choix que cette soumission déguisée en amour passionnel. Elle semble toujours dominée, affaissée et assujettie par Alan Bates lors de leur scènes d'amours et lorsqu'elle daigne l'affronter on ressent plus une sorte de dépit résigné que de la vraie rébellion.

 Ivory et la scénariste Ruth Prawer Jhabvala renforce le côté passionné et torturé de ces rapports en comparaison du livre, HJ étant plutôt un anglais réfléchi pour lequel ce type de relation est normale au vu de son statut quand la prestation d'Alan Bates tutoie la démence par instant. De même Marya est nettement moins jolie que son équivalent au cinéma rendant naturel cette soumission alors que le drame est plus fort dans le film puisque même la beauté d'Isabelle Adjani ne pourra la sauver. C'est un thème au cœur de l'œuvre de Jean Rhys notamment son livre le plus connu La Prisonnière des Sargasses, sorte préquel de Jane Eyre où elle narrait le destin de la première épouse créole maudite de Rochester.

James Ivory instaure une atmosphère lente, oppressante et mortifère où l'on est bien loin des pétaradantes visions hollywoodiennes des Années Folles. La photo de Pierre Lhomme ajoute un côté terne et blafard qui jure avec l'inspiration impressionniste des compositions de plan d'Ivory, les scènes musicales montrent des danseuses momifiées et fantomatiques et la bande-son réinvente de façon plus contemporaine les deux titres de jazz interprétés par Armelia McQueen comme pour mieux s'éloigner des sons plus pétaradants et joyeux de l'époque. Les femmes restent les grandes perdantes jusqu'au bout et si rupture il y a, ce sera toujours pour tomber dans les griffes d'un nouveau "protecteur" à l'image du final glaçant. Pas le Ivory-Merchant le plus facile d'accès mais absolument captivant.

Sorti en dvd zone 2 français chez MK2
 

lundi 9 mars 2015

La Vipère - The Little Foxes, William Wyler (1941)

Une petite ville entre Mobile (Alabama) et La Nouvelle-Orléans, à l'aube du XXe siècle. Regina est mariée à un banquier, Horace Giddens, qui se remet d’une crise cardiaque dans une maison de repos à Baltimore. Regina a une passion dévorante pour l’argent mais s'estime frustrée de ne pas disposer de l'aisance dont elle rêve. Sur une proposition de ses deux frères Ben et Oscar, elle veut réaliser une opération financière qui s’annonce des plus rentables, mais elle a besoin de 75 000 dollars. Espérant obtenir cette somme auprès de son mari, elle envoie leur fille Alexandra ramener son père. À son retour, Horace, qui connaît les ambitions de sa femme, refuse catégoriquement de lui donner l'argent.

Little Foxes est un des sommets de la collaboration entre William Wyler et Bette Davis, une adaptation de la pièce de Lillian Hellman jouée en 1939 et dans laquelle on retrouve une grande part du casting scénique (Patricia Collinge, Dan Duryea, Charles Dingle, Carl Benton Reid et John Marriott). Le titre original quelque peu nébuleux évoque en fait la parabole biblique selon laquelle « des petits renards iront manger la vigne du voisin », symbole de la thématique de la cupidité et de l'appât du gain au cœur du film. En effet si les premières images évoquent rappellent L'insoumise (1938 et autre fameux titre Wyler/Davis) par son imagerie classique du Sud des Etats-Unis, l'époque est différente (ici 1900) et aux enjeux romanesque du film précédent succèdent d'autres plus pragmatiques liés au capitalisme moderne.

C'est précisément ces questions qui déchirent les familles Giddens et Hubbard. Les personnages du film peuvent se diviser en loups et agneaux. Regina (Bette Davis) avec ses frères Ben (Charles Dingle) et Oscar (Carl Benton Reid) se sont enrichis en exploitant et dupant leur entourage, le mariage d'intérêt faisant partie des moyens employés. Birdie (magnifique et touchante Patricia Collinge) épouse d'Oscar et Horace (Herbert Marshall) mari de Régina, brisé moralement et physiquement par ce rapport cruel sont donc les agneaux subissant la loi des loups auxquels ils se sont liés. Cette même division opère chez leurs enfants avec la douce et innocente Alexandra (Teresa Wright) et le peu recommandable Leo (Dan Duryea fourbe comme à son habitude). Lorsqu'une affaire juteuse nécessite pour Regina de presser son époux malade pur qu'il y amène son support financier, rien ne l'arrêtera ainsi que ses frères les plus faibles étant condamné à être écrasé ou à se révéler.

Wyler instaure une atmosphère de plus en plus claustrophobe et étouffante où sa mise en scène souligne la violence des rapports de force. Regina et ses frères figure toujours une meute face à un frêle adversaire, une entité unique et solidaire prête à séduire (l'entrevue avec l'investisseur Marshall au début) où fondre sur sa proie. Les trois écartent ainsi instinctivement Birdie lorsqu'ils parlent affaire dans les premières scènes où elle semble toujours légèrement isolée dans le cadre lors de leurs scènes communes. De même la silhouette frêle d'Horace semble être un gibier idéal lorsqu'ils le harcèlent pour obtenir son apport. Ben figure la pire des fourberies sous ses allures avenant, Oscar et son fils l'absence total de scrupule et Bette Davis se déshumanise de façon croissante au fil du récit où s'estompe même son supposé amour filial.

La mise en scène joue également sur la profondeur de champ pour représenter ce rapport dominant/dominé, les plus faibles s'effaçant et se fondant en arrière-plan notamment le moment le plus dramatique où Bette Davis laisse son époux s'écrouler, frappé par une crise cardiaque. A l'inverse l'éveil des agneaux se fait de manière moins sophistiquée, Wyler le capturant avec une simplicité égale à l'innocence de ses personnages, à l'image de la magnifique scène où Birdie s'avoue le désastre qu'est sa vie et le futur s'annonçant pour Alexandra.

Si Richard Carlson est un peu fade en prétendant et révélateur pour Alexandra, celle-ci est interprétée avec charme et détermination par Teresa Wright qui prend de l'assurance. Leur scènes romantiques sont tombent parfois un peu à plat quand celles entre Alexandra et son père sont très touchantes amorçant la prise de conscience et la rébellion finale.

Le final reprend ainsi ce motif de la meute où Alexandra stupéfaite découvre les manigances de sa mère mais cette fois Wyler ne la place pas au centre en proie du trio de méchants, elle sera en arrière-plan les laissant à leur négociations et l'image nous soulignant bien toute la différence avec eux. Une rupture se manifestant dans la conclusion où Alexandra choisit l'amour sincère et s'écarte de la solidarité familiale ne reposant que sur le profit. Là seulement, dans ces derniers instants, le doute semble traverser la froide détermination de Bette Davis. Un drame puissant et sans doute la matrice de pas mal de grands soap financiers et familiaux à la Dallas.


 Sorti en dvd zone 1 chez MGM et doté de sous-titres français

dimanche 8 mars 2015

L'Évadé du camp 1 - The One That Got Away, Roy Ward Baker (1957)

Seconde Guerre mondiale, 5 septembre 1940, lors des opérations de la Bataille d'Angleterre. L'aviateur allemand Franz von Werra, abattu au-dessus de l'Angleterre, est fait prisonnier. Il ne fournit aucun renseignement aux officiers qui l'interrogent et, de surcroît, parie avec l'un d'eux qu'il s'évadera bientôt et regagnera l'Allemagne. Interné au 'camp n° 1' de Grizedale Hall (Lancashire), il s'enfuit effectivement peu après puis, repris et transféré dans un autre camp, il s'évade à nouveau...

Durant les années 50 et hors du contexte propagandiste qu’incluait la Seconde Guerre Mondiale, le cinéma se plut à offrir des biopics des grandes figures militaire allemandes du conflit. Parmi les plus fameux on pense à l’excellent Le Renard du désert (1951) d’Henry Hathaway, captivant portrait de Rommel joué par James Mason. L’évadé du camp 1 s’attarde sur une icône oubliée, l’aviateur Franz Von Werra resté célèbre pour avoir été le seul prisonnier de guerre allemand qui réussit à s’évader des geôles britannique et à rentrer au pays au terme de mémorables aventures. Avant même ces exploits, Von Werra est un personnage romanesque en diable dont le parcours explique déjà les hauts faits à venir. 

Descendant d’une noble lignée allemande remontant au XIIIe siècle, Von Werra ne découvrira cette parenté qu’à l’adolescence, sa famille ruinée ayant dû le placer en adoption avec sa sœur Emma alors qu’il est bébé.  Cette découverte le bouleverse et renforce son côté rebelle, le voyant fuir à la Nouvelle Orléans alors qu’il n’a que 18 ans, reprendre son patronyme de Von Werra puis s’engager dans la Luftwaffe en 1936. Là encore il se distinguera par son côté flamboyant, s’imposant comme un pilote chevronné, prenant un lionceau comme emblème et gonflant ses statistiques ce qui lui vaudra une certaine notoriété dans l’opinion publique allemande. Ce sont cependant ses spectaculaires évasions qui façonneront sa légende.

Le film de Roy Ward Baker élude en partie ce passif tout en parvenant à exprimer cette dimension excentrique et romanesque du personnage. Dès son crash en terre anglaise et son attitude hautaine face à ses geôliers, on comprend que l’on a affaire à un vrai personnage. Les anglais lui renverront d’ailleurs ce côté vantard en quête de lumière durant son interrogatoire et c’est véritablement par l’audace de ses évasions que le personnage devient progressivement une légende. Production anglaise, le film rivé à son héros est totalement dépolitisé, le parcours de Von Werra ne disant pas grand-chose de l’Allemagne d’alors (si ce n’est leur confiance et sentiment de toute puissance) et dénué de toute allusion au nazisme (les soldats allemands semble ainsi plus des troufions ordinaire que des fanatiques) contrairement par exemple au Caporal épinglé (1961) de Jean Renoir, saisissant portrait de la déconfiture française.

On est ainsi captivé par les aventures de Von Werra sans pour autant ressentir de l’empathie grâce à l’interprétation magnifiquement opaque de Hardy Krüger le rendant aussi charmeur qu’insaisissable, ainsi obsédé par la fuite (le devoir d'un prisonnier de guerre est de s'évader tel est son leitmotiv annoncé d'entrée).. Les évasions iront en crescendo spectaculaire, témoignant à chaque fois d’une facette de la personnalité singulière de Von Werra. Ayant parié une caisse de champagne au chef de camp qu’il s’évaderait, il s’exécute durant une promenade mais les rigueurs de la météo anglaise et la traque en campagne de l’armée et de la population anglaise auront raison de lui mais sa capture sera pleine de panache. Un panache qui se retrouve dans le meilleur moment du film, cette seconde évasion où il dupe son monde en se faisant passer pour un pilote hollandais et accède à l’aérodrome lui donnant accès au avion de chasse anglais. Le charme, le bagout et l’audace de Von Werra épate dans une longue séquence toute en duperie.

Après le sens du défi et l’audace, c’est la profonde détermination de Von Werra qui sera à saluer avec l’ultime évasion. Déporté au Canada, son ultime fuite, la plus improvisée, le verra traverser les paysages enneigés pour gagner les Etats-Unis alors encore pays neutre. Aucune traque ni ennemi duquel se cacher cette fois, l’échappée consistera à aller au bout de lui-même dans ce territoire hostile et glacial. Le personnage gagne enfin son statut héroïque nous faisant oublier son camp pour seulement voir un homme seul et déterminé face à la nature tel ce moment où il traîne une barque sur une interminable lande neigeuse. Epuisé, il trouvera tout de même la force pour un ultime bon mot et pied de nez lancé avec le plus beau des sourire. Une œuvre surprenante et un portrait finalement très original. Un des meilleurs rôles d’Hardy Kruger. 

Sorti en dvd zone 2 français che Elephant Film