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mardi 9 juin 2020

Au revoir à jamais - The Long Kiss Goodnight, Renny Harlin (1996)


Samantha Caine est amnésique depuis huit ans. Devenue institutrice, elle vit avec sa petite fille Caitlin et son compagnon Hal dans une petite ville. Un accident de voiture lui fait revenir des bribes de son passé, empreintes de violence. Peu après, un repris de justice remarque la jeune femme à la télévision lors d'une parade de Noël et tente de l'assassiner. Déterminée à connaître la vérité sur son passé, Samantha part avec Mitch Hennessy, un ex-policier devenu détective privé.

Au revoir à jamais constitue le chant du cygne d’une certaine idée du cinéma d’action des années 80/90. Cela est symbolisé par son scénariste vedette Shane Black qui en instaurera certains codes marquants. Sorte de pré Quentin Tarantino qui se serait confronté au système studio plutôt qu’à la confiance des Weinstein, Shane Black parvint à marier une dimension référentielle à base d’archétype du polar hard-boiled avec l’action pyrotechnique des années 80/90. Dans ce cadre il parvenait à poser une patte personnelle par ses héros désabusés héritiers du film noir, une tonalité rigolarde par un sens du dialogue ordurier cinglant et une certaine veine plus dépressive sous-jacente. Lorsque tous ces éléments s’agençaient bien, cela donnait des réussites comme L’Arme fatale de Richard Donner (1987) ou Le Dernier Samaritain de Tony Scott (1991). Malheureusement Shane Black eu maille à partir avec les studios qui édulcorèrent ses penchants les plus sombres (L’Arme fatale 2 (1989) et son virage vers la comédie d’action loin du script initial de Black) ou alors l’incompréhension du grand public pour ses tentatives les plus audacieuses comme Last Action Hero de John McTiernan (1993). La frustration et le mal-être s’accumulent ainsi pour le scénariste star malgré les cachets mirobolants touchés pour l’époque dont cet Au revoir à jamais vendu rien moins que 4 millions de dollar. L’échec commercial du film sera le commencement d’une dépression et d’un long hiatus avec Hollywood qui ne le reverra revenir que 9 ans plus tard en tant que réalisateur pour une carrière assez inégale où les réussites (Kiss Kiss Bang Bang (2005), The Nice Guys (2016)) côtoient les ratages certains (Iron Man 3 (2013), The Predator (2018). Celui qui ne se remettra pas non plus de la faillite au box-office c’est Renny Harlin, solide faiseur d’action finlandais (58 minutes pour vivre (1991), Cliffhanger (1993)) qui ne retrouvera ni ces gros budgets (après l’échec déjà du pourtant sympathique L’île au pirates (1995) qui provoqua la faillite de la boite de production Carolco), ni cette inspiration avec une filmographie oubliable par la suite.

Au revoir à jamais symbolise à merveille le côté à la fois naïf, décomplexé et féroce du cinéma d’action d’alors. C’est un postulat préfigurant les Jason Bourne mais au féminin, sans la caméra (parfois) trop parkinsonienne de Paul Greengrass, et avec une héroïne charismatique dont les capacités se fondent naturellement au récit sans l’agenda féministe surligné de blockbusters récents pourtant bien moins réussis (Wonder Woman de Patty Jenkins (2017), Atomic Blonde de David Leitch (2017, Harley Quinn, Birds of Prey de Cathy Yan (2020) soit des films où les héroïnes passent plus de temps à affirmer plutôt qu'à montrer qu'elle sont fortes). Samantha Caine (Geena Davis) est une jeune mère de famille rangée qui a refait sa vie depuis qu’elle fut retrouvée amnésique 8 ans plus tôt. Le choc causé par un incident de voiture ravive des souvenirs enfouit, des réflexes brutaux et une personnalité plus taciturne issus de son ancienne vie. En remontant la piste des indices de ce passé trouble avec le détective privé Mitch Hennessy (Samuel L. Jackson), elle va se confronter à de redoutables adversaires et de dangereux secrets d’états.

La grande force du film réside dans la formidable prestation de Geena Davis. Si Renny Harlin se montre assez grossier dans la symbolique psychanalytique et rêvée, l’actrice excelle montrer les graduations de la personnalité changeante de l’héroïne. Une attitude plus espiègle, une modulation de voix soudainement plus sèche, un juron inattendu sorti de la bouche d’une gentille mère de famille, toutes ses nuances accompagne des effets ludiques plus marqués où la gestuelle de l’actrice fait également merveille (cette dextérité au couteau de cuisine). Tout cela brille dans la scène où elle est torturée aux mains de ses anciens comparses. Ligotée et plongée plusieurs fois dans l’eau glacée, Geena Davis pourtant immobile exprime en une séquence la mue de Samantha qui bascule vers son ancien « moi ». C’est d’abord la jeune femme apeurée et suppliante avant le premier contact avec l’eau gelée, puis une autre incertaine qui fixe son tourmenteur d’un air de défi mais encore tremblante de froid, et enfin au sortir du troisième bain forcé le langage corporel est différent. Le calme du visage témoigne de l’habitude du danger, la carrure semble soudainement plus imposante et le corps de biche chétive semble devenu celui d’une panthère aux aguets prête à bondir.

Le sideckick goguenard incarné par Samuel Jackson signifie le lien à la fois le lien à la vie d’avant qu’elle rejette et le détachement de Sam redevenue la redoutable Charlie. Samuel Jackson est un pendant du Bruce Willis du Dernier Samaritain, (le modèle est bien sûr Philip Marlowe, référence appuyée par l’extrait de Le Privé de Robert Altman qu’on distingue sur une télévision) le détective privé qui a tout raté mais préfère en rire qu’en pleurer. Cela en fait à la fois une caution morale rappelant ses devoirs à notre héroïne mais aussi un compagnon de jeu avec un pingpong de dialogues vulgaires délectables dont Shane Black (qui replace comme souvent son récit durant la période de noël en contraste coloré de la violence ambiante) a le secret. Geena Davis désormais peroxydée, véloce et sexy (la scène de transformation lorgne d’ailleurs par son montage sur la mue de Michelle Pfeiffer en Catwoman dans Batman, le défi (1992), loin de son allure godiche initiale, déploie les mêmes nuances mais de manière inversée. Sous l’attitude agressive, le regard peut se faire fuyant et la voix plus tremblante dès qu’il est question de sa petite fille, et le tout se résout en brisant la nuque ou autre partie sensible de l’antagoniste de passage.

Renny Harlin filme vraiment amoureusement son épouse d’alors et se montre sacrément efficace dans l’action. Le finlandais sans être un génie à un vrai sens de la scène d’action originale et surtout sait lâcher des éclats de violence impensable dans un blockbuster actuel. Balles perdues à gogo pour les malheureux figurants, ennemis défigurés (nous rappelant au bon souvenir de son féroce 58 minutes pur vivre) et démesure totale dans l’action, c’est un vrai festival sans temps mort. Le réalisateur pousse d’ailleurs le bouchon un peu loin par moment comme ce saut d’un building avec atterrissage en mitraillant la glace (que vient faire une étendue d’eau gelée en pleine ville ?), quelques incrustations ratée ou de son climax à rallonge. 

C’est clairement dans l’émotion du cheminement de son héroïne que cette débauche trouve un sens, la plus belle scène étant sa « résurrection » sous les supplications de sa fille. La femme d’action individualiste se complète d’un instinct maternel retrouvé qui la rend invulnérable et lui permet d’achever radicalement le méchant du film (le malheureusement peu charismatique Craig Bierko). Le film ne rencontrera malheureusement pas son public alors qu’il ne démérite pas face aux succès de la même période. C’est le point final de ce type d’approche puisque Matrix (1999) apportera une veine différente, moins naïve au film d’action contemporain. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan 

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