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mercredi 10 mars 2021

Marquis de Sade's Prosperities of Vice - Akutoku no sakae, Akio Jissôji (1988)


 Dans les années 1920, un aristocrate décadent se prend de passion pour l’œuvre du Marquis de Sade. Il crée donc un bien étrange théâtre où il adapte les textes sulfureux. Mais écrits, représentations et fantasmes s'entremêlent rapidement à tel point qu’il n’est rapidement plus possible de discerner le vrai du faux...

La Nikkatsu s’était relancée dans les années 70 en lançant le label « Roman Porno », des films érotiques produits à moindre coût (mais bénéficiant d’une facture technique impeccable du fait d’avoir conservé les techniciens rompus au productions classiques) et qui permirent de lancer de nombreux talents (Masaru Konuma, Tatsumi Kumashiro, Noboru Tanaka) dans des œuvres thématiquement audacieuses. A partir des années 80 la censure japonaise se renforce et le studio renfloué tente de sortir de l’ornière du Roman Porno, ou du moins de le rendre plus noble avec des œuvres plus prestigieuses, teintées d’érotisme soft. Cela pourra se faire en recrutant une actrice prestigieuse étrangère au genre comme dans Lady Karuizawa de Masaru Konuma où joue l’honorable Miwa Takada. Cela passera également par la création du label « Ropponica » qui remplace le Roman Porno et se caractérise par une aura plus sophistiquée que ce soit dans l’esthétique ou le choix des sujets. 

On retrouve cela avec Prosperities of vice où tout confère à ce raffinement dans la perversion avec un récit se déroulant dans le Japon de l’ère Taisho (1912-1926) période majeure de l’influence occidentale dans le pays, avec un récit offrant justement une variation autour des thèmes et l’œuvre du Marquis de Sade. Nous suivons un aristocrate (Kôji Shimizu) qui souhaite faire de son existence une transposition des récits du Marquis de Sade dont Justine ou les Malheurs de la vertu. Cette volonté s’exprime dans différentes strates du récit. Celle des pièces de théâtre qu’il fait jouer par de vrais criminels dans ses interprétations/adaptations du Marquis de Sade. Celle de son quotidien où ses rapports sadomasochistes avec son épouse (Seiran Li) semblent également un miroir des écrits de Sade. 

La narration complexifie le tout avec un entre-deux fait de scène que l’on ne saura jamais véritablement identifier comme fantasme/hallucination ou flashback sur le passé des personnages. On pense notamment à une scène où le couple répète une scène de la pièce et où les dialogues associés à ces séquences oniriques laisse croire que les époux entretiennent le même passé sulfureux que celui de Histoire de Juliette, ou les Prospérités du vice du Marquis de Sade. Le rapport dominant/dominée qu’entretiennent les époux s’exprime donc dans cette dimension référentielle où la femme s’identifie à Juliette et l’époux à Noirceuil, mais également dans les séquences SM stylisées.

Le réalisateur Akio Jissoji avait réalisé dans les années 70 une trilogie de film érotique arty pour la société de production ATG (La Vie éphémère (1970), Mandala (1971) et Uta (1972)) et se spécialisera ensuite dans les adaptations de romans d’Edogawa Ranpo dont le très méta Murder on D Street (1998). Il se délecte donc ici à façonner un écrin rococo, avec une photo diaphane gorgée de filtres colorée, à jeu esthétique constant entre le réel et le factice tant dans la narration que la facture des décors, et confère juste ce qu’il faut de délicatesse ouatée dans les séquences érotiques soft. On se perd avec confusion et plaisir dans les différents niveaux de lectures où le contexte politique nationaliste et militariste de l’ère Taisho finit même par rattraper ce monde d’illusions sensuelles.

C’est finalement une belle métaphore de ce héros démiurge et manipulateur rattrapé par ses sentiments quand il ressentira de la jalousie envers celle qu’il pensait être sa marionnette, cette épouse finalement bien plus libre de ses désirs. Elle est devenue cette Juliette de Sade avide d’expériences quand son époux se montrera tristement terre à terre. Pas facile d’accès par son rythme lancinant et son récit labyrinthique, Prosperties of Vice reste cependant un objet captivant dont l’outrance maintient en hypnose de bout en bout. 

Sorti en dvd zone 1 chez Mondo Macabro et doté de sous-titres anglais

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