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mercredi 24 mars 2021

Teen Spirit - Max Minghella (2018)

Violet, une adolescente passionnée par le chant, rêve de quitter sa petite ville et de devenir pop star.
Affublée d'un mentor improbable, elle participe aux auditions de TEEN SPIRIT, un télé crochet musical national, une expérience qui mettra à l'épreuve son intégrité, son talent et son ambition…


Teen Spirit est le premier film de Max Minghella (également auteur du script), fils du réalisateur Anthony Minghella et jusqu'ici plus connu pour sa carrière d'acteur plutôt intéressante (Agora (2009), The Social Network (2010), la série The Handmaid's Tale). Sur le papier le film est une success story classique dans le monde de la chanson au déroulé relativement cousu de fil blanc. La différence va donc se dans le traitement où l'on va suivre l'ascension de l'adolescente Violet (Elle Fanning) dans le monde de la pop music. Cela va se faire via les canaux modernes faisant émerger les nouvelles vedettes de la chanson, un télécrochet avec le Teen Spirit en titre qui est un décalque de l'émission Pop Idol ou de son équivalent Nouvelle Star en France. Donc là aussi la dramaturgie archétypale ascension/doute/triomphe finale se fait à l'aune de cette modernité dans le contexte de l'émission, le choix des chansons et leur sonorité électro-pop contemporaine. Le charme opère pourtant grâce à l'approche de Minghella qui signe là une sorte d'anti Flashdance. Le traitement est totalement naturaliste tout étant stylisé, avec le parti pris de s'accrocher le plus souvent au point de vue et aux états d'âmes de son héroïne adolescente.

On est frappé par la sécheresse narrative des premières minutes qui nous font accompagner le quotidien morne de Violet, faisant difficilement tourner la ferme familiale avec sa mère (Agnieszka Grochowska), enchaînant les petits boulots et suivant tant bien que mal les cours au lycée. L'éclaircie horizon terne repose sur la musique, les écouteurs et l''ipod qui ne quittent jamais Violet et qui rythme l'alternance entre tous ces moments anodins. Chaque élément social et intime s'inscrit en creux, sans jamais être appuyé dramatiquement tout en faisant fonctionner l'émotion. Les origines polonaises de Violet et sa mère, l'isolation provinciale et insulaire ressentie sur l'île de Wight où elle vivent (et explique l'appel de l'ailleurs avec cette possible vie de pop star), et même certains clichés (le mentor au passé de chanteur d'opéra déchu trouvant là une deuxième chance) s'inscrivent dans une vibe moderne par la mise en scène et le montage qui font exister le tout malgré les ressorts attendus - auxquels on ajoutera les agents artistiques véreux (Rebecca Hall carnassière), la pop star masculine installée séductrice et corruptrice.

En s'agrippant à son actrice, Minghella trouve la tonalité juste puisque Elle Fanning comme souvent est excellente. Talent brut à polir tout au long du récit, son évolution se fait à travers les prestations musicales finalement peu nombreuses mais à chaque fois cruciales. La première audition montre Violet ayant pris son courage à deux mains mais encore taciturne et repliée sur elle-même. C'est ce que cherche à retranscrire Minghella en focalisant sa caméra sur son visage, plongeant le jury dans l'ombre et accompagnant sa prestation d'un kaléidoscope d'image de son quotidien frustrant, de son monde intérieur. Et le choix du titre ne doit rien au hasard avec le bien nommé Dancing on my own, tube électro-pop de Robyn. Le jury reconnaîtra son talent vocal mais lui reprochera sa présence scénique inexistante en réponse à cet enferment de l'héroïne. La seconde scène chantée est sur le Light d'Ellie Goulding, là aussi titre de circonstance et Max Minghella fait de Elle Fanning l'inverse de l'approche de Nicolas Windig Refn dans The Neon Demon (2016). 

Dans ce dernier l'éclat syncopé des néons happait l'actrice pour signifier sa dévitalisation, son absorption par le système qu'elle intégrait alors qu'ici l'emphase son et lumière marque la première éclosion de Violet qui s'épanouit sur scène et prend confiance. Enfin le dernier titre vient après divers atermoiements, doutes et errements de Violet et vient illustrer son accomplissement intime et artistique. Cette fois l'espace scénique s'expose dans son entier, que Violet arpente rageuse et confiante, scrutant ses musiciens et toisant le public que l'on voit enfin aussi. Minghella reprend les codes filmiques des grand shows pop musicaux tout en saisissant quelque chose de l'intime de son héroïne qui fond en larmes à la fin de sa prestation, choquée de sa propre audace. 

Le risque d'artificialité est estompé par l'implication d'une Elle Fanning totalement habitée et qui interprète elle-même et de façon fort convaincante toutes les chansons, dont le magistral Don't Kill My Vibe final repris de la chanteuse pop norvégienne Sigrid. La victoire finale est anecdotique et expédiée en ellipse au générique, la vraie victoire nous l'avons déjà vue avec cette cet ultime tour de chant signifiant le chemin parcouru par Violet. Un beau teen movie donc à l'approche surmontant le cliché grâce à l'interprétation d'ensemble (Zlatko Burić étonnant en gros ours gentil, cela surprend après l'avoir vu en terrible mafieux dans les Pusher de Nicolas Winding Refn) et une bande-son qui dépote. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan

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